25 novembre : interventions CGT-Culture et SAF CGT

25 novembre 2025 - par CGT-Culture - SAF-CGT

Dans le cadre de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, la CGT-Culture organisait une cérémonie en la mémoire de notre camarade et collègue Frédérique Mulot, victime d’un féminicide en 2017.

Intervention de la CGT-Culture sur le secteur culturel

Particulièrement depuis le mouvement MeToo dans le secteur culturel, commencé par celui du cinéma, puis de la musique, suivi de l’art contemporain notamment, les pouvoirs publics et les employeurs ont commencé à mettre en place des mesures pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles, mais le chemin est encore bien (trop) long.

Le rapport d’enquête du Sénat d’avril 2025 sur les violences commises dans les secteurs du cinéma, de l’audiovisuel, du spectacle vivant, de la mode et de la publicité faisait état :

  • de défaillances systémiques
  • d’une organisation du travail, de pratiques professionnelles et de représentations favorisant l’apparition et le développement de violences
  • du statut précaire de la plupart des professionnels associé au culte du créateur et de la célébrité, favorisant les abus
  • de la loi du silence par peur d’être mis sur une liste noire
  • d’un cadre juridique qui reste encore méconnu des employeurs

Focus sur l’un des secteurs culturels où ces violences sont particulièrement invisibilisées : celui de l’art contemporain

Dans ce milieu, c’est l’omerta totale. On peut résumer ce à quoi les étudiantes et travailleuses de l’art en sont réduites – nous citons la performeuse Deborah de Robertis : « Je pense donc je suce ».

Le mouvement MeTooArtContemporain a vu le jour il y a 2 ans avec la publication anonyme de plus 300 témoignages sur Instagram, pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles que subissent les étudiantes et travailleuses de l’art, qu’elles soient artistes, critiques, agent·es des institutions, galeristes, commissaires d’exposition, entre autres. Le milieu de l’art contemporain baigne dans une confusion entre les espaces intimes et professionnels, dès l’école et jusque dans les lieux de travail : institutions, musées et lieux indépendants comme les galeries, les fondations. 

En avril 2024, un rapport confidentiel inquiétant sortait sur les questions de violences et harcèlements sexistes et sexuels au sein du Comité professionnel des galeries d’art (CPGA) commandé par le comité suite à plusieurs courriels anonymes visant l’ex-président. La décision de ne pas diligenter d’enquête interne avait été à l’origine de la démission de 6 des 15 membres du conseil de direction. De plus, la recommandation du cabinet d’audit de faire un signalement au procureur de la République et de remonter les informations récoltées au ministère de la Culture, n’a pas été suivie. Il aura fallu attendre la nomination d’un nouveau président pour annoncer début septembre plusieurs mesures, comme la mise en place d’une cellule d’écoute externe, la création de formations de sensibilisation et de prévention et la future révision du code de déontologie du comité, qui consacrera un volet à la prévention et à la lutte contre les VHSS.

À l’heure où le Centre national des arts plastiques est menacé de disparition par la Cour des Comptes alors qu’il joue un rôle essentiel dans le milieu des arts visuels et de l’art contemporain, le ministère ne doit-il pas au contraire le renforcer et le doter d’une mission spécifique de prévention des risques de violences sexistes et sexuelles dans ce secteur professionnel ? Le plan d’action de 2023 dans les arts visuels ne concerne que les structures conventionnées. Les très nombreux acteurs non subventionnés (ex : galeries d’art, lieux de diffusion, résidences d’artistes, fondations privées) sont simplement « invités à s’engager dans la même démarche » en signant une simple charte.

RETOUR SUR LE MILIEU DU CINEMA

À la Cinémathèque Française, le directeur persiste et signe

La polémique qui a eu lieu en décembre 2024 autour de la projection du film Le Dernier Tango à Paris, dans lequel un viol simulé avait été imposé à l’actrice Maria Schneider par Marlon Brando et le réalisateur Bertolucci, a mis en lumière les positions totalement rétrogrades de la présidence et de la direction de la Cinémathèque Française face à leur incapacité à admettre qu’un débat et une contextualisation de l’œuvre était impérative.

Pire, près d’un an après, son directeur Frédéric Bonnaud persiste face à des étudiantes et étudiantes de la Sorbonne le 22 octobre, en affirmant que l’actrice n’a pas été sexuellement abusée sous prétexte qu’elle aurait été la compagne de Brando ! Ses propos ont, à juste titre, provoqué l’indignation des étudiantes et étudiants, qui ont dénoncé des affirmations à la fois très violentes, fausses d’un point de vue pénal, niant le viol conjugal et étant assimilables à l’apologie du viol.

La coordinatrice de la licence Cinéma de la Sorbonne a dénoncé des propos honteux et l’école a annoncé l’ouverture d’une procédure interne. Rachida Dati a condamné les propos de Bonnaud et le conseil d’administration l’a rappelé à l’ordre. Cela sera-t-il suffisant pour véritablement faire changer le cap à la Cinémathèque ? On est en droit de s’interroger…

Scandale au CNC entre 2021 et 2024 : immobilisme de la tutelle

Revenons sur le CNC qui a malheureusement défrayé la chronique entre 2021 et l’année dernière.

La mise en examen de Laurent Boutonnat à la tête du CNC dès 2021, accusé d’agression sexuelle sur son filleul, avec placement sous contrôle judiciaire et interdiction de contact avec la victime, n’avait pas fait bouger d’un pouce le ministère à l’époque.

Aucune des ministres de la culture successives n’avait pris la décision de le mettre en réserve de ses fonctions, malgré les demandes répétées des organisations syndicales et du climat délétère qui régnait au CNC. Pire, Boutonnat avait même été renouvelé par le président de la République à la tête de l’institution en juillet 2022 !

Il aura donc fallu attendre sa démission en juin 2024 suite à sa condamnation par le tribunal correctionnel à 3 ans de prison dont 1 ferme…

Au ministère de la Culture

Soumissions chimiques – scandale de l’ancien haut fonctionnaire des ressources humaines

Concernant le scandale de l’affaire Christian Nègre, haut fonctionnaire qui a pu administrer des diurétiques à plus de 250 candidates à des postes au ministère de la Culture pendant 10 ans en toute impunité, notre ministre actuelle, sous la pression des syndicats et à la suite du rapport du Sénat, a fait rouvrir la cellule d’accompagnement psychologique et a généralisé le dispositif d’indemnisation à l’ensemble des victimes. Nous n’avons à ce jour aucune information de la part du ministère sur le nombre de nouvelles requérantes et l’interrogerons lors de la prochaine formation spécialisée ministérielle : combien de demandes d’indemnisation ont-elles été accordées à ce jour et quid de la protection fonctionnelle pour ces requérantes.

Quant à la reconnaissance de la responsabilité du ministère en termes de carence fautive, demandée par l’une des plaignantes et soutenue par l’intersyndicale, la ministre reste dans le déni en continuant de défendre son administration. La victime est toujours en attente de la réponse du Conseil d’État suite à son appel. Nous savons néanmoins que la rapporteure publique a indiqué qu’il avait dans cette affaire une vraie carence fautive de l’administration, qui a failli dans la protection de ses agentes. Nous continuons d’exiger que le ministère reconnaisse enfin sa responsabilité et indemnise les victimes à hauteur de ce qu’il se doit.

Les signalements pour VHSS en 2024

En 2024 au ministère, 39 signalements pour violence sexuelle et 41 signalements agissements sexistes ont été recensés. Même si ce nombre est en diminution par rapport à 2023, nous alertons sur les actes potentiellement non recensés en raison des craintes des victimes. En effet, la majorité des signalements mettant en cause la hiérarchie, on s’interroge fortement sur les situations qui restent dans l’ombre, faute de confiance de la part des victimes.

À savoir que dans les 12 mois qui ont suivi les 199 signalements de 2023 : 103 ont fait l’objet d’une enquête interne, 27 d’une mesure de mise à l’abri de la victime, 18 de sanctions disciplinaires du mis en cause ; 16 d’un accompagnement de la victime ; 15 de formation et d’accompagnement collectif ; 7 d’un article 40.

Et comme nous le dénonçons chaque année, aucune analyse de ces situations n’est faite en formation spécialisée en santé, sécurité et conditions de travail pour aboutir à une véritable politique de prévention de ces risques professionnels.

Au-delà des nécessaires formations – en particulier à l’écoute – des actions de sensibilisation et d’hébergements d’urgence, nous exigeons que les formations spécialisées des établissements soient systématiquement saisies dans les processus d’enquêtes, d’analyses et de prévention des VHSS, afin de mieux protéger les victimes et de mieux prévenir les risques dans les collectifs de travail.

Nous exigeons également une communication plus large et plus claire sur les différentes procédures de signalement, l’adresse systématique de la déclaration pour accident de travail ou de trajet aux victimes, ainsi que la prise en charge par l’employeur de l’ensemble des frais de justice, médicaux, sanitaires et psychologiques.

Intervention du Syndicat des Archives de France CGT

Mesdames, Messieurs, chers collègues, camarades, et ami.e.s,

Merci à toutes et tous d’être présent.e.s pour nous remémorer et nous souvenir de Frédérique Mulot. Notre chère Fred, notre collègue, notre amie, notre camarade.

Le 1er août 2017, Fred mourait sous les coups de son mari. Elle venait de lui annoncer sa décision de le quitter, de poursuivre sa vie sans lui… Il lui a sauvagement ôté la sienne, plongeant sa famille, ses amis et ses collègues dans l’horreur et la tristesse la plus absolue.

Fred était la 76ᵉ victime des 126 femmes qui ont été assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint en 2017.

Fred avait 51 ans. Fred était souriante, lumineuse, rieuse, attentionnée, foncièrement gentille, appréciée de toutes et de tous. Elle aimait la nature et ses beautés, elle aimait le rock’n roll. Fred travaillait aux Archives nationales de Fontainebleau. Adjointe technique d’accueil, surveillance et magasinage, Fred était aussi une femme engagée dans l’action syndicale où, avec la CGT-Archives, elle portait les mandats de Secrétaire générale adjointe de la section CGT Archives de Fontainebleau et était membre du CHSCT. Nous étions aux côtés de Fred quotidiennement, nous n’avons rien vu venir, nous n’avons rien pu faire.

Depuis l’assassinat de Fred, près de 900 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. Ce sont nos mères, nos filles, nos amies, nos collègues, qui parce que femmes sont assassinées par des hommes qui s’arrogent le droit de pouvoir retirer la vie quand ils le veulent.

Les chiffres officiels sont accablants : dans le monde, une femme meurt toutes les 10 minutes sous les coups de leur conjoint. En France, chaque jour, plus de 3 femmes sont victimes de féminicides ou de tentatives de féminicides conjugaux. Toutes les 2 minutes, une femme est victime de viol, de tentative de viol ou d’agression sexuelle.

Les choses doivent changer. Il est inacceptable que les femmes continuent de subir harcèlement, violences sexuelles, violences sexistes, discriminations, inégalités. Oui, mille fois, il faut plus de moyens pour mettre à l’abri les femmes en danger de mort. Oui, il faut plus de moyens pour soutenir et accompagner les femmes victimes. Mais, il faut également de la volonté politique pour prévenir, pour sensibiliser le plus grand nombre, comme pour éduquer les hommes dès le plus jeune âge. Il est temps ! Parce qu’après, il est toujours trop tard…

Ce lieu de tranquillité, de sérénité et de paix est dédié à Fred, elle, qui a vécu un enfer. À travers la mémoire de Fred, c’est la mémoire de centaines, de milliers, de dizaines de milliers de femmes assassinées que nous honorons. J’aurai ici une pensée toute particulière pour les femmes palestiniennes, ukrainiennes, yéménites et soudanaises, pour toutes les femmes victimes de la barbarie des hommes et du capitalisme.

Pour que jamais plus une collègue, une amie, une camarade, ne soit victime de féminicide au ministère de la Culture : halte aux féminicides ; à bas les violences faites aux femmes ; à bas le patriarcat et le capitalisme !

Les années passent, le chagrin demeure. À toi, Fred, tu nous manques tellement…