Abbaye du Mont-Saint-Michel : le Gouvernement s’apprête-t-il à ouvrir une brèche dans la loi de 1905 ?

17 juillet 2026 - par CGT-Culture - Intersyndicale

Communiqué de presse intersyndical CGT/CFDT/SUD/FSU/UNSA/CFTC du ministère de la Culture

Le transfert annoncé de la gestion de l’Abbaye du Mont-Saint-Michel ne constitue pas une simple réforme administrative. Il soulève une question majeure que le Gouvernement refuse aujourd’hui de traiter publiquement : quelles garanties seront apportées au respect de la loi de 1905 et à la neutralité de l’État ?

L’Abbaye du Mont-Saint-Michel appartient à la Nation. Si elle demeure un édifice consacré, elle n’est pas juridiquement affectée au culte au sens de la loi de séparation des Églises et de l’État. Les offices religieux qui y sont célébrés reposent aujourd’hui sur une convention conclue sous l’autorité directe de l’État.

Or le Gouvernement envisage de transférer la gestion de ce monument national à un établissement public présidé par Hervé Morin, également président de la Région Normandie. À ce jour, aucune étude d’impact n’a été rendue publique sur les conséquences de ce transfert, notamment sur le devenir des conventions qui autorisent l’exercice du culte dans l’Abbaye.

Ce silence est d’autant plus préoccupant que cette décision intervient dans un contexte où plusieurs responsables de la majorité régionale revendiquent une conception plus confessionnelle de l’action publique et voient dans le patrimoine religieux un levier d’affirmation identitaire. Il ne s’agit évidemment pas de mettre en cause les convictions religieuses de chacun. En revanche, il est parfaitement légitime de s’interroger sur les conséquences institutionnelles d’un transfert qui pourrait modifier les conditions dans lesquelles est garantie l’application de la loi de 1905 dans un monument appartenant au patrimoine national.

L’Abbaye du Mont-Saint-Michel n’est pas un monument comme les autres. Toute évolution de son statut créera un précédent. Ce qui sera accepté aujourd’hui pour l’Abbaye pourra demain être revendiqué pour d’autres monuments appartenant au patrimoine national.

Le Gouvernement doit préciser expressément si les conventions autorisant l’exercice du culte dans l’Abbaye continueront à relever de l’État ou seront transférées au futur gestionnaire du monument.

 L’intersyndicale demande la publication immédiate de l’étude d’impact juridique du projet, la clarification du régime futur des conventions cultuelles et la garantie que le transfert de gestion de l’Abbaye du Mont-Saint-Michel ne créera aucun précédent susceptible d’affaiblir les principes de neutralité et d’impartialité qui fondent la loi de séparation des Églises et de l’État.

Les agents du Centre des monuments nationaux défendent un patrimoine qui appartient à tous les Français. Ils défendent un modèle de péréquation et de solidarité qui a démontré sa pertinence économique et culturelle pour notre patrimoine. Ils refusent que l’Abbaye du Mont-Saint-Michel devienne, dans le silence et sans débat public, le premier précédent d’une évolution dont personne ne mesure aujourd’hui les conséquences pour nos monuments nationaux, pour la République et pour la loi de 1905.

Le 17 juillet 2026