Texte d’orientation du XIVe congrès de la CGT-Culture – mai 2026
La place des bibliothèques au sein du ministère de la Culture est relativement récente puisqu’auparavant ce domaine était piloté par le ministère de l’Éducation nationale. En 1975, avec la création de la direction du livre et de la lecture puis de la DGMIC en 2010, les missions du ministère sur le secteur se déclinent comme suit :
- la constitution, le signalement, la conservation, la valorisation du patrimoine ancien et contemporain (notamment manuscrit, imprimé, numérique)
- le soutien apporté aux collectivités territoriales pour le développement de la lecture publique (financements en investissement, mais aussi en fonctionnement pour l’extension des horaires d’ouverture, conventionnements intitulés « contrats territoire-lecture », labellisations)
- le soutien apporté aux actrices et acteurs économiques privés du livre pour des dépenses d’investissement et de fonctionnement (par ex. les librairies) et aux acteurs associatifs œuvrant en faveur de la diffusion et de la médiation
- la participation à l’écriture du droit national et européen (par ex. droits d’autrice et auteur)
Le périmètre d’intervention du ministère de la Culture :
- Établissements sous tutelle du MC : la BnF, la BPI, la Médiathèque du patrimoine et de la photographie (MPP), la bibliothèque de l’INHA, les bibliothèques des établissements d’enseignement supérieur (écoles nationales d’art ou d’architecture, les conservatoires nationaux, INP, École du Louvre), la bibliothèque de la Cinémathèque française, les bibliothèques des musées nationaux (par exemple la bibliothèque du Quai Branly, de la Cité de la musique, etc.), les bibliothèques au sein des établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel (EPSCP), des établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC).
- Le réseau de lecture publique (bibliothèques municipales, intercommunales et départementales) qui relève de la libre administration des collectivités territoriales s’élève à plus de 16 000 bibliothèques. Elles bénéficient d’une enveloppe de crédits d’investissement du ministère (au sein de la dotation générale de décentralisation) pour accompagner les collectivités territoriales dans les projets de lecture publique. Longtemps attendue d’une grande partie des professionnel·les, une loi relative aux bibliothèques et au développement de la lecture publique a été promulguée le 21 décembre 2021. Elle donne un cadre législatif précis aux bibliothèques municipales et départementales dans le code du patrimoine et conforte leur rôle, leurs missions et le développement de la lecture publique. La sanctuarisation dans la loi du pluralisme et de la diversité des collections ainsi que la responsabilité des professionnel·les dans la définition et la mise en œuvre d’une politique documentaire mettent à l’abri les bibliothèques de velléités de formes de censure idéologique, politique ou religieuse, ou de pressions commerciales.
Par ailleurs, aux côtés de la lecture publique, les bibliothèques d’entreprises constituent également un point d’accès essentiel, bien qu’elles soient un angle mort du ministère. Leur développement, leur vivacité ne doivent pas demeurer éloignés des politiques portées par les réseaux de lecture publique, qui sont les plus susceptibles d’accompagner la médiation et la diffusion voulues par les comités sociaux d’entreprise.
Situation actuelle
Le Département des bibliothèques du Service du livre et de la lecture (SLL) est chargé des politiques publiques relatives à la lecture publique, aux bibliothèques territoriales et au patrimoine écrit. Cependant, cette organisation place les bibliothèques et la lecture publique dans une direction générale principalement axée sur les Médias et les Industries culturelles, ce qui peut parfois déséquilibrer la visibilité et les moyens alloués aux missions de service public et de conservation patrimoniale au profit des enjeux économiques du secteur.
De fait, le secteur n’a pas été épargné par les restrictions budgétaires et les baisses d’effectifs, ce qui affecte durablement les missions de l’ensemble des bibliothèques : baisse des crédits d’acquisitions, de conservation, de numérisation, ralentissement ou abandon de projets, etc. À titre d’exemple, la BnF a perdu plus de 300 postes en 15 ans et son budget est notoirement insuffisant pour faire face à l’élargissement de ses missions. Ses budgets de coopération régionale ont nettement baissé, freinant ainsi de nombreux programmes (2,8 millions d’euros de crédits en 2009 contre 2 millions annoncés en 2026) et le Plan de numérisation de la presse lancé en 2025 est déjà en péril faute de crédits.
Sous l’angle statutaire, le manque d’ouverture de concours appauvrit la filière des bibliothèques, se traduisant par des recrutements via des changements de filière (filière administrative, de l’enseignement entre autres) ou via une augmentation croissante des contrats précaires : CDD, contrats de monitrices étudiantes et moniteurs étudiants (bibliothèque INHA), vacations étudiantes (BPI) et contrats courts (BnF). Le CDI à l’embauche pour les contractuel·les à temps incomplet, gagné à la BnF en 2016, a été perdu en 2022, malgré une lutte intersyndicale de deux mois. Un recrutement sans concours de magasinières et magasiniers a néanmoins été obtenu. On déplore également l’abandon par le ministère des postes d’état affectés en bibliothèques municipales classées (BMC), postes pouvant rester vacants pendant des années car les collectivités préfèrent recruter à moindre coût des personnels contractuels.
Les revendications de la CGT-Culture :
- La gratuité de l’inscription (avec carte de lectrice et lecteur) aux bibliothèques
- La garantie de l’accessibilité, totale et gratuite, au patrimoine écrit numérisé sur le territoire à l’inverse de ce que propose la BnF avec « Retronews » (service payant d’une partie des fonds numérisés de la presse)
- L’augmentation des moyens budgétaires (fonctionnement et investissement) indispensable pour la conduite des missions
- Le fléchage des moyens de l’État (aides au fonctionnement) pour les collectivités territoriales afin qu’elles puissent recruter davantage d’agentes et agents publics
- La recréation d’une Direction du Livre et de la Lecture pour mieux coordonner et impulser les politiques publiques dans le domaine
- Un véritable programme d’aide à l’extension des horaires d’ouverture en journée, en particulier pour les bibliothèques des zones rurales et périphériques, ce qui suppose, outre l’attribution des aides financières aux collectivités, une réelle concertation avec les organisations syndicales pour préciser le cadre d’exercice du dispositif et le bilan qui peut en être tiré
- La mise en place d’un plan national de rénovation énergétique des équipements de lecture publique permettant l’adaptation des bâtiments au réchauffement climatique ; le maintien d’un service public de qualité et la prise en compte des spécificités de conservation en bibliothèques
- La mise en place et l’animation d’un réseau des bibliothèques d’entreprise par le SLL
- L’arrêt des partenariats publics-privés et la réinternalisation des filières de numérisation, conservation et mise en valeur des collections
- L’augmentation des effectifs par des professionnel·les formé·es, ce qui passe par l’ouverture de concours nombreux et réguliers
- La mise en place d’un plan de résorption de la précarité
- La suppression des vacations et des contrats de monitrices et moniteurs étudiants sur les missions permanentes
- Le remplacement des postes en BMC par des titulaires du corps des bibliothèques via la commission administrative paritaire nationale (CAPN)
- Dans le cadre des travaux du centre Pompidou et le déménagement provisoire de la BPI dans le 12e arrondissement, le maintien de tous les emplois. À l’issue des travaux, le maintien de la même superficie et linéaire de collections au centre Pompidou
