ESTEVE : ÉVOLUTION DU SYSTÈME DE TRAITEMENT DE L’ÉVALUATION DÉMATÉRIALISÉE
La campagne d’entretien professionnel est lancée au sein de l’EPMO, elle a débuté le 2 février et s’achèvera le 30 avril 2026. Cette année 2026 est marquée par la mise en œuvre de la dématérialisation du compte rendu de l’entretien professionnel (CREP) sur la solution ESTEVE.
L’entretien professionnel n’est pas une formalité : c’est un DROIT pour l’ensemble des agents publics : il s’agit d’un droit statutaire pour les agents fonctionnaires et d’un droit réglementaire pour les agents contractuels. À ce titre, il est strictement encadré, notamment par :
- Le décret n°2010-888 du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l’appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l’Etat et le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l’Etat ;
- Le guide de l’entretien professionnel de la DGAFP ;
- Les lignes directrices de gestion du Ministère de la Culture.
À quoi sert réellement l’entretien professionnel ?
Ce n’est pas un simple formulaire numérique.
Il conditionne selon le statut de l’agent, fonctionnaire ou contractuel :
- L’avancement d’échelon et de grade ;
- L’inscription aux tableaux d’avancement ;
- Les promotions ou l’attribution de points au mérite ;
- L’attribution du CIA (Complément indemnitaire annuel) ou de la PVR (Part variable) ;
- Les mobilités (mutation, détachement, intégration directe, congé mobilité, etc.) ;
- L’identification des besoins de formation.
L’absence d’entretien professionnel formalisé pénalise les agents dans la reconnaissance de leur engagement, l’évolution de leur carrière et leur rémunération.
Une situation qui interroge !
On constate une baisse des restitutions des CREP au fil des années. La mise en œuvre d’ESTEVE aurait-elle pour but d’endiguer cette tendance ?
- Certains agents pourraient ne pas avoir eu d’entretien professionnel ;
- D’autres auraient peut-être eu un entretien…sans jamais recevoir le compte rendu ;
- Des comptes rendus ne seraient plus inaccessibles après signature hiérarchique ;
- Etc.
Ces pratiques fragilisent les droits des agents, notamment en matière de recours et d’avancement de carrière. Un entretien sans trace écrite communicable n’a pas de valeur protectrice.
Prime au clic ?
La dématérialisation ne doit pas transformer nos carrières et nos primes en simples chiffres sur un écran. L’entretien professionnel ne peut pas réduire nos efforts, nos responsabilités et notre engagement à une simple case à cocher, sans discussion ni suivi réel.
Le CIA pour les agents fonctionnaires ou la PVR pour les agents contractuels, censés reconnaître notre travail et nos compétences, n’est pas un jeu informatique : il doit rester l’expression de notre investissement et de notre valeur professionnelle.
Nos carrières et nos primes ne sont pas des données à traiter.
Dématérialisation sans formation = insécurité juridique
La mise en place d’un outil numérique impose :
Une formation des encadrants N+1
- Cadre réglementaire ;
- Rédaction objective et motivée ;
- Articulation avec les lignes directrices de gestion ;
- Maîtrise complète de l’outil ;
- Respect des délais et de la procédure (visa N+2, observations de l’agent, recours).
Une information et un accompagnement de tous les agents
- Compréhension des enjeux ;
- Droit à observation ;
- Droit au recours ;
- Conservation du document.
À ce jour, ces garanties sont insuffisantes.
Les réunions d’information ou de présentation ne sont pas des formations.
L’accès à la brochure sur l’intranet de l’EPMO, au webinaire dédié ou à Sémaphore doit pouvoir s’effectuer pour l’ensemble des agents, sur le temps de travail organisé, avec un temps dédié.
La plateforme de formation en ligne MENTOR ne saurait constituer une réponse suffisante, dès lors qu’aucun temps, prévu et anticipé, n’est dédié à cette formation pour les encadrants comme pour les agents.
Des moyens matériels indispensables
Tous les agents de l’EPMO ne disposent pas :
- D’un poste informatique individuel ;
- D’un espace confidentiel ;
- Du temps nécessaire pour relire sereinement leur évaluation.
Nous demandons la mise en place :
- D’espaces dédiés et confidentiels pour la relecture ;
- D’un accompagnement technique si nécessaire ;
- D’un temps pour bénéficier de délais réels pour formuler des observations ;
- D’un temps pour la récupération du document après signature hiérarchique du N+2 ;
- De la possibilité de télécharger, imprimer et conserver le compte rendu ;
- D’une procédure de recours claire et accessible.
L’accès désormais autorisé à l’outil ESTEVE pour les agents « postés » de la DAS (Direction de l’accueil et surveillance), depuis les tablettes, ne dédouane pas l’administration de réserver un temps dédié, sur le temps de travail, pour effectuer les différentes étapes de ce processus dématérialisé pour tous les agents de l’EPMO.
Les cinq matinées de permanences assurées par la DRHMG dans les deux musées restent insuffisantes et ne permettent pas à l’ensemble des personnels d’y avoir réellement accès.
Vigilance sur les données RH informatisées
La dématérialisation s’appuie sur des données numériques individuelles.
Des erreurs importantes ont déjà été constatées :
- Dates d’entrée dans la fonction publique ou dans l’établissement erronées ;
- Ancienneté dans le corps ou la catégorie inexacte ;
- Grade ou indice ou échelon mal renseigné.
Or ces éléments déterminent :
- L’ancienneté ;
- Les droits à avancement ;
- Les promotions ou l’attribution de points au mérite ainsi que le CIA ou la PVR ;
- Certaines mobilités.
Une donnée fausse peut impacter toute une carrière. Chaque agent doit pouvoir vérifier et faire corriger ses informations.
Numérique et risques professionnels : un angle mort du PAPRIPACT 2026 de l’EPMO
La direction actuelle de l’EPMO considère qu’il n’y a pas actuellement de risque spécifique et n’a pas inscrit ce sujet au Programme annuel de prévention des risques professionnels (PAPRIPACT) 2026 de l’établissement.
Pourtant, le contexte est clair :
- Multiplication des outils numériques ;
- Utilisation de tablettes ;
- Changement d’outils métiers (billetterie, gestion) ;
- Dématérialisation annoncée des bulletins de paie ;
- Développement de l’intelligence artificielle ;
- Enjeux croissants de cybersécurité.
Ces évolutions entraînent :
- Surcharge cognitive ;
- Technostress ;
- Risques d’erreurs administratives ;
- Vulnérabilité accrue des données personnelles.
La prévention des risques professionnels doit intégrer pleinement les risques liés à la transformation numérique au sein de l’EPMO.
Ignorer ces risques ne les supprime pas !
Nos exigences
- La régularisation immédiate des entretiens non réalisés depuis ces dernières années.
- La transmission systématique des comptes rendus manquants.
- Un plan de formation obligatoire pour encadrants et agents à la solution ESTEVE.
- Des garanties matérielles d’accès et de confidentialité.
- Un audit et une sécurisation des données individuelles RH.
- L’intégration des risques liés au numérique dans le PAPRIPACT 2026 de l’EPMO.
- Pour les agents non présents pendant toute durée de la campagne des entretiens une transparence sur la communication effectuée et la procédure retenue les concernant.
- Une concertation réelle avec les représentants du personnel.
Nos carrières valent plus qu’un clic
L’entretien professionnel engage notre avenir professionnel, notre rémunération, notre évolution de carrière et notre retraite.
La modernisation ne peut pas se faire au rabais, à savoir : sans formation, sans moyens, sans garanties.
Nous exigeons des droits effectifs, des procédures sécurisées et un accompagnement réel pour tous les agents.
Moderniser par la dématérialisation n’est pas déréglementer.
Numériser ne remplace pas la sécurisation, la formation, le suivi et les droits des agents.
Paris le 10 mars 2026, Section CGT de l’Etablissement Public du Musée d’Orsay et de l’Orangerie
