DAC : que devient le ministère de la Culture dans les outre-mer ?

11 février 2026 - par SNSD-CGT

Six ans après la sortie du décret de création des Secrétariats Généraux Communs Départementaux, et trois ans après l’inter-inspections d’évaluation sur l’organisation de ces SGC, quelle est l’état des Directions des affaires culturelles ?

Le diagnostic de cette inspection était sans appel :

Les conséquences le sont aussi : « dégradation de la qualité de service », « épuisement manifeste des équipes », « complexité de gestion », …

> Tout le monde s’accorde à dire que cette réforme est catastrophique, mais que fait-on concrètement pour améliorer le quotidien des agents des DAC, victimes collatérales de cette réforme de désorganisation territoriale de l’Etat ?

Les DAC sont contraintes – subtilement ou non – de s’aligner sur le fonctionnement des autres directions du périmètre Administration Territoriale de l’Etat, et du ministère de l’Intérieur, aux commandes des Secrétariats Généraux Communs. Les conventions, alignements et mutualisations imposés aux DAC sont souvent en défaveur des agents du ministère de la Culture (système de tickets restaurant du ministère de l’Intérieur peu avantageux en Guyane, jours de fermeture collectifs imposés pour toutes les directions du périmètre ATE,…).

Cette situation continue d’exposer les agents à des risques de santé et de sécurité au travail, dans la mesure où les DAC ont perdu la main sur la gestion de leur parc automobile (généralement vétuste) et de la programmation de leurs travaux, y compris d’urgence. À titre d’exemple, des travaux de sécurisation des volets à la DAC de La Réunion sont attendus depuis 4 ans, exposant les agents et le public à des chutes d’éléments, notamment en période cyclonique.

Le suivi du numérique est aléatoire, au bon vouloir des agents des SGC, et à la solidarité entre agents des DAC. La DAC Guyane est contrainte de travailler sous deux environnements informatiques (ministère de l’Intérieur et ministère de la Culture) avec une double saisie pour le traitement RH, l’impossibilité d’accès aux données patrimoniales… Les pistes d’amélioration, qui tiennent de l’astuce, émanent le plus souvent des agents.

> Le SNUM a-t-il abandonné le navire ultra-marin ? Comment imaginer déployer Patronum dans un tel contexte ?

Là où il est affiché une stabilité dans certaines DAC, cet équilibre demeure fragile, reposant sur la bonne volonté et l’implication d’agents des SGC. De plus, le compte n’y est toujours pas pour le suivi RH de proximité. Double validation pour les demandes de congés, de formations, de télétravail, difficultés à ouvrir et à gérer les options des CET, informations et accompagnement des dossiers de retraite sont autant d’exemples illustrant que cette gestion bureaucratique bicéphale demeure dissuasive et aucunement favorable aux agents. Si, à la DAC de La Réunion, les agents peuvent enfin utiliser RenoiRH normalement 4 ans après la réforme, la moindre demande qui sort des sentiers battus devient un jeu de ping-pong entre le SGC et le SRH du ministère de la Culture.

La gestion des budgets de déplacement par les SGC impose aux agents de réduire leurs déplacements en mettant à mal leurs missions de terrain et en renforçant leur isolement.

> Le ministère de l’Intérieur maintient sa feuille de route, sans obstacle notable sur son chemin, ni en local ni au national. Cela, au détriment des conditions de travail des agents des périmètres ATE et de ses propres agents. Chaque nouvelle étape franchie, notamment en Guyane, sonne la fin du ministère de la Culture dans les régions ultramarines. Le sentiment d’abandon de l’administration centrale du MC se renforce chez les agents des DAC.

Faut-il également rappeler que le ministère de l’Intérieur exerce, à travers ses préfets ultramarins, une forte pression sur les DAC ? Les délégations de signatures, lorsqu’elles existent – pas pour les territoires de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy –, ne permettent pas aux directeurs.trices de signer des actes réglementaires (autorisations de travaux sur MH, prescriptions archéologiques, conventions de subvention…) et de s’adresser directement aux collectivités. Tout doit passer par le préfet, entraînant lourdeur et lenteur des validations, voire dépassement des délais réglementaires pour les instructions.

> Les agents (métiers, administratifs et financiers) sont sous pression constante, et déplorent une perte d’efficacité, de sens et ont le sentiment d’une infantilisationLe ministère de la Culture, à travers ses DAC, perd ainsi prérogatives et autonomie dans les décisions prises qui relèvent plus du politique que des missions régaliennes.

Les DAC demeurent des territoires d’expérimentation, y compris pour les primo-DAC. Nous avions déjà dénoncé que la nomination symptomatique de directeur.trice sans expérience ne faisait qu’aggraver les carences du SGC, en particulier dans le pilotage d’administrations qui naviguent sans expertise RH de proximité. Les décisions sont unilatérales, l’autoritarisme prime sur le collaboratif, le dialogue social est en option.

A la Martinique, les ETP des services métiers déjà sous tension ont été ponctionnés pour recréer des fonctions supports mal gérées par le SGC.

> Les problèmes de management accentuent la désorganisation et la morosité ambiante, les projets de service, la révision des organigrammes et la répartition équilibrée des missions restent au placard, faute de courage.

Le constat dans les DAC est – nous le répétons – plus que dramatique. Toutes ces situations provoquent des dommages collatéraux sur les agents : lassitude, épuisement général, augmentation des arrêts maladie imputables au service, explosion des risques psycho-sociaux, augmentation des suivis médicaux renforcés, changements d’administration, …

Le recrutement reste compliqué dans les territoires ultra-marins, dans des DAC peu valorisées et sous dotées en ETP à qui les mêmes commandes que dans les régions hexagonales sont passées. Faut-il préciser que la médecine de prévention est gérée approximativement par les SGC ? Malgré les demandes de déploiement de cellules, d’enquêtes RPS, les saisines d’enquêtes internes et menées par l’IGAC, l’alerte n’est toujours pas prise au sérieux.

– la reprise des échanges entre les deux ministères afin de garantir des réorganisations adaptées aux contextes locaux et respectueuses des missions du ministère de la Culture ;

– la reprise des échanges entre les deux ministères et les directions en local, afin de garantir des mesures d’améliorations notables sur les questions de RH de proximité, de numérique, de logistique (travaux, parc automobile) ;

– l’interruption du déploiement des SGC ainsi que l’arrêt des expérimentations et d’éventuelles créations de SGC dans d’autres régions ;

– le renforcement, encore et toujours, de l’implication du DCAT, du SRH et du SNUM dans l’appui aux DAC ;

– une enquête et un appui de l’IGAC aux DAC dans la gestion, le pilotage et les réorganisations internes ;

– la mise en place de permanences régulières RH dans chaque DAC et la garantie d’un accès physique au service des ressources humaines pour tous.tes les agent.e.s ;

– la mise en place d’un plan de formations adapté aux DAC (faire venir les formateurs sur place, réserver des places pour les agents ultramarins, adapter les créneaux pour les DAC en fonction des différents fuseaux horaires). L’accès aux formations en hexagone doit aussi demeurer un droit ;

– remettre le dialogue social et les représentants du personnel au cœur des décisions et des questions d’organisation au sein des DAC.