Déclaration des représentants du personnel CGT et CFDT au Conseil d’administration du Centre des monuments nationaux Séance du 25 juin 2026

26 juin 2026 - par Intersyndicale - SNMH-CGT

Madame la Présidente,

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil d’administration,

Les représentants du personnel CGT et CFDT ont décidé de ne pas siéger lors de cette séance du Conseil d’administration.

Par cette décision, nous entendons exprimer notre profonde opposition au projet de transfert de la gestion de l’abbaye du Mont Saint-Michel hors du Centre des monuments nationaux, tel qu’annoncé par le Premier ministre.

Cette décision du Premier ministre constitue une atteinte majeure à notre établissement. Cette trahison de la ministre de la Culture à l’encontre du CMN et de ses agents crée un grave précédent, en faisant primer les intérêts locaux et clientélistes sur l’intérêt général.

Au-delà de la perte d’un des monuments les plus emblématiques du patrimoine national, c’est l’équilibre même du Centre des monuments nationaux qui se trouve fragilisé.

L’abbaye du Mont Saint-Michel représente à elle seule plus de 20 millions d’euros de recettes en 2025, soit plus de 15 % de l’ensemble des recettes perçues dans les monuments du réseau. Une telle amputation ne peut être considérée comme un simple ajustement de périmètre. Elle remet directement en cause le modèle économique du CMN et, plus fondamentalement encore, le principe de péréquation qui constitue l’un des fondements historiques de notre établissement. Grâce à ce principe, les monuments les plus fréquentés permettent de financer l’entretien, la restauration, l’animation culturelle et l’ouverture au public de sites dont les ressources propres sont plus modestes. C’est cette solidarité entre les monuments qui est aujourd’hui menacée.

À ce jour, personne n’est en mesure d’indiquer quelles compensations financières pourraient être accordées au CMN pour compenser une perte de recettes d’une telle ampleur. Personne n’est davantage en mesure de préciser leur montant, leur durée ou leur mode de financement. Dans le contexte budgétaire que connaît actuellement l’État, chacun peut légitimement s’interroger sur la réalité et la pérennité de telles compensations, si elles devaient exister.

Cette décision constitue également un véritable camouflet pour l’image et la crédibilité du Centre des monuments nationaux. Le retrait de la gestion d’un monument mondialement connu, dont le CMN a assuré pendant de nombreuses années la restauration, la conservation, la valorisation et l’ouverture au public avec professionnalisme et efficacité, envoie un signal particulièrement négatif aux agents comme à l’ensemble de nos partenaires.

Enfin, nous souhaitons souligner notre vive inquiétude pour les personnels concernés. À ce jour, les représentants du personnel ne disposent d’aucune information précise sur le projet porté par le futur établissement public industriel et commercial appelé à reprendre la gestion du site. Les garanties relatives aux emplois, aux statuts, aux conditions de travail, aux parcours professionnels et à l’avenir des équipes demeurent inexistantes ou insuffisantes.

Dans ce contexte déjà préoccupant, les déclarations récentes et particulièrement triomphalistes de certains élus normands ne font qu’accroître les interrogations et les inquiétudes des agents. Ceux-ci ont besoin de réponses claires et de garanties solides, non d’annonces politiques dont les conséquences concrètes restent inconnues.

Parce que cette décision menace l’équilibre économique du CMN, remet en cause son modèle de solidarité entre monuments, porte atteinte à son image et fait peser de lourdes incertitudes sur les personnels, nous refusons de cautionner la poursuite d’un dialogue institutionnel qui fait aujourd’hui totalement défaut sur ce sujet.

C’est pourquoi les représentants du personnel CGT et CFDT ne participeront pas à cette séance du Conseil d’administration.

Nous demandons solennellement au Gouvernement de renoncer à ce projet et d’engager sans délai une véritable concertation avec l’ensemble des parties prenantes, au premier rang desquelles les agents et leurs représentants.

En outre, nous exprimons notre vive inquiétude après l’annonce du départ des frères de la communauté de Jérusalem du Mont Saint-Michel, qui marque un changement majeur dans la vie spirituelle du site, par leur remplacement par la communauté Saint-Martin. Cette communauté connue pour son conservatisme, son rigorisme, et ses accointances avec l’extrême droite ne cache pas sa volonté de reconquête spirituelle du Mont. La décision du diocèse est particulièrement préoccupante à cet endroit ; aussi, nous nous interrogeons sur la bonne application des garanties républicaines de la loi de séparation de l’Église et de l’État dans le cadre de la convention d’usage qui serait établie entre la communauté et l’EPIC.

Les représentants du personnel CGT et CFDT au Conseil d’administration du Centre des monuments nationaux

25 juin 2026