Déclaration liminaire de la CGT-Culture au Comité Social d’Administration Ministériel du 7 avril 2026

7 avril 2026 - par CGT-Culture

Madame la ministre,

S’il existe bien des lieux et des moments dans lesquels la démocratie au travail devrait pouvoir s’exercer, le Comité Social d’Administration ministériel en est l’un des rendez-vous les plus importants. Pourtant ces dernières années, son rôle et son influence n’ont pas cessé d’être attaqués et abaissés, notamment en raison de la faible implication du politique.

Quand on affaiblit la démocratie sociale, on affaiblit la démocratie en général. Le politique, c’est-à-dire vous Madame la ministre et votre cabinet, dirige l’administration, en fixe la direction et le sens. Nous, les élus des personnels, nous défendons leurs intérêts et portons leur parole. Ce qu’ils vous disent clairement aujourd’hui à travers nous, c’est qu’ils veulent être partie prenante aux décisions de mise en œuvre des choix dont vous fixez le sens : c’est-à-dire de rompre avec un logiciel qui consiste à décider et agir contre eux la plupart du temps, parfois pour eux, mais toujours sans eux. Il s’agit désormais de se remettre à travailler avec eux, et notamment à travers les représentants qu’ils ont mandatés. C’est ainsi que doit fonctionner une démocratie sociale saine qui n’a pas peur d’elle-même. Si vous ne jouez pas le jeu de la démocratie au travail, vous porterez une responsabilité dans l’histoire du ministère de la Culture que les personnels ne manqueront pas de vous rappeler.

Le contexte budgétaire austéritaire, antisocial et martial, dans lequel vous prenez vos fonctions ne servira pas de prétexte pour mettre sous le boisseau les attentes fortes des personnels en termes de rémunération, d’effectifs, de conditions de travail et de pérennité des missions du service public culturel. Le temps qui nous sépare maintenant de l’élection présidentielle ne saurait être un espace de transition, neutre et sans réponses à ces attentes. Vous pouvez et vous devez faire de cette année Madame la Ministre, au ministère de la culture, une année culturelle évidemment mais aussi une année sociale pour ses personnels.

Une année sociale pour les salaires.

« A travail égal, salaire égal », les personnels contractuels attendent depuis trois ans des revalorisations pour réparer les différences de salaires. La négociation Albanel doit reprendre sans délai.

« A travail égal, salaire égal », cela vaut aussi pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Il est urgent de relancer la négociation sur l’égalité professionnelle et d’y adjoindre un financement.

« A travail égal, salaire égal », les personnels titulaires attendent l’égalité des régimes indemnitaires quel que soit leur lieu d’affectation : l’indemnité de fonctions, de sujétions et d’expertise (IFSE) des agents payés par leur établissement doit être alignée sur celle des agents payés par le ministère. 

Une année sociale pour les conditions de travail.

Alors que les services ont besoin d’être renforcés, ils vont subir pas moins de 172 suppressions de postes cette année par pure démagogie. A cela s’ajoute le dépeçage des DRAC et des DAC par les préfectures qui absorbent les emplois du ministère de la culture. Il est urgent que l’inspection générale des affaires culturelles rende son rapport sur l’emploi et donne lieu à un CSA-M spécial pour travailler à l’amélioration des conditions de travail et à la continuité de nos missions.

Une année sociale dans les territoires.

Les nouvelles coupes budgétaires vont encore aggraver la situation des acteurs culturels sur l’ensemble des territoires : plan social massif, disparition ou fragilisation des dispositifs d’aides, remise en cause des missions du ministère de la Culture. Le désengagement de l’Etat pèse lourdement sur les agents du ministère chargés de mettre en œuvre les politiques culturelles. Le RPS washing de votre administration ne suffira pas à couvrir le mal-être ambiant qui se généralise.

Sur l’ensemble de ces points, il est de votre responsabilité de trouver des solutions et de voies de passage. Nous serons là, au côté des personnels pour vous le rappeler.

Sans attendre, vous devez déjà apporter des réponses à une actualité immédiate :

  • Au Louvre, les personnels attendent la signature du protocole d’accord de sortie de grève pour mettre en œuvre rapidement des mesures indispensables au fonctionnement normal du musée. La détermination dont ils ont fait preuve cet hiver est intacte.
  • Sur les retards de paiement des services faits, les personnels attendent le solde rapide des arriérés mais également des mesures fortes pour éviter de nouveaux dysfonctionnements. Enfin, nous vous interpellons sur la nécessaire prise en compte des préjudices subis en raison de ces retards ; certains d’entre eux attendent depuis près de 3 ans le paiement de leur dominicale ou de leurs heures supplémentaires.
  • Ce CSA-M spécial élections est l’occasion de vous rappeler que ce sont les élections des personnels, pas celles de l’administration. Cet autre rendez-vous crucial de la démocratie au travail ne doit pas être pollué par des considérations marchandes, techniques ou démesurément sécuritaires. Dans l’objectif commun que nous avons de favoriser la plus grande participation, votre rôle est de proposer aux agents une solution de vote électronique simple, accessible à toutes et tous. Vous êtes garante du bon déroulement des élections professionnelles de décembre 2026.

Enfin, nous vous alertons sur un fond d’air antisyndical notamment vis-à-vis de la CGT et de ses représentants qui font l’objet de nombreuses attaques au ministère et que vous devriez mieux protéger.  Dans un contexte où les idées nauséabondes se propagent y compris sur nos lieux de travail et que les droits fondamentaux, et donc l’Etat de droit, sont mis en cause, il est impératif que vous soyez garante des libertés syndicales, garante de la démocratie sociale, et donc de la démocratie.