Texte d’orientation du XIVe congrès de la CGT-Culture – mai 2026
Lutter contre les inégalités de genre fait partie intégrante de notre combat. Les progrès rencontrés ces dernières décennies, pour mettre fin à toutes lesformes d’exploitation et de domination sont dus aux mobilisations sociales et aux luttes des femmes. Malgré ces avancées, l’égalité est loin d’être une réalité et les droits des femmes sont régulièrement remis en cause, partout dans le monde.
La liste des inégalités est longue : non-mixité des métiers et des filières, plafonds et parois de verre, précarisation et sous rémunération des emplois à dominante féminine, recours accru à l’emploi non titulaire, temps partiel soi-disant choisi ou temps non complet très féminisé, régime indemnitaire, rémunérations et retraites plus faibles, carrières et avancements grignotés, etc.
Inégalités au travail, mais pas que…
À ces inégalités au travail s’ajoutent les inégalités dans la vie, du fait d’une répartition déséquilibrée des responsabilités familiales et domestiques, des problématiques de santé, des violences sexistes et sexuelles ou encore des stéréotypes. Ces inégalités dans la vie et au travail interagissent entre elles.
Les revendications de la CGT-Culture :
- La disparition des écarts de rémunérations et pensions, la lutte contre la précarité et les bas salaires
- La revalorisation salariale et la reconnaissance de métiers exercés principalement par les femmes, notamment de leur pénibilité
- L’accès des femmes aux mêmes carrières que les hommes
- La mixité des métiers
- La fin du « culte du présentéisme » et de la mobilité imposée
- Des droits pour l’articulation vie privée / vie professionnelle : adaptation de la charge de travail, limitation des horaires atypiques et prise en charge des frais liés à ces horaires ; droit à la déconnexion
- Des droits pour la maternité, la paternité et la parentalité : allongement et égalité des congés maternités et paternité pour une égale répartition « temps de travail / temps parental » lors des premiers mois de l’enfant ; aménagement de crèches intégrées dans les services
- Des droits augmentés pour les proches aidantes et aidants
- La revalorisation de l’allocation du congé parental
- Le respect des horaires de travail, incluant de proscrire des heures de réunion tôt ou tard et hors temps de travail habituel
- la prise en compte du temps de congé parental dans la durée de la carrière
Pas d’égalité sans éradication de toutes formes de violences sexistes et sexuelles
Les violences contre les femmes sont au cœur des inégalités et des processus de domination. Au travail, dans les transports, dans les lieux publics, dans la sphère privée, les violences sont partout. Entre propos graveleux, attouchements, agressions verbales, physiques et sexuelles, viols et meurtres, les degrés de gravité sont divers, mais tous ces actes relèvent du même système de domination, d’emprise et de violence, qui constitue un continuum du sexisme. C’est un phénomène social grave qui reste tabou.
Ces violences touchent d’autant plus durement les femmes racisées, les femmes trans, les femmes en situation de handicap, ou encore les travailleuses précaires, contractuelles ou à temps partiel, particulièrement nombreuses dans la culture. Ces réalités doivent être pleinement prises en compte dans les dispositifs de prévention et de protection.
Les revendications de la CGT-Culture :
- La mise en place d’un dispositif d’hébergement d’urgence et la mise à disposition d’autorisations spéciales d’absence (ASA) pour les victimes de violence
- L’aménagement des horaires de travail d’une victime de violences, y compris intrafamiliales, afin de faciliter les démarches (dépôt de plainte, rendez-vous médicaux) et de s’adapter aux situations (problèmes de santé)
- La mise en place systématique et immédiate sur le lieu de travail de la protection fonctionnelle de la victime déclarée et protéger les victimes ainsi que les lanceuses et lanceurs d’alerte de toute sanction disciplinaire
- La mise en place de « cellule d’alerte violence sexiste et sexuelle au travail » dans chaque établissement, SCN, et direction du ministère
- L’application de la formation obligatoire de toutes les encadrantes et encadrants, assistantes et assistants de prévention, représentantes et représentants du personnel et responsable des ressources humaines à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles et les discriminations
- Le déploiement vers tous les personnels de stages de sensibilisations aux VSST et aux discriminations
- L’engagement par l’employeur d’une procédure d’enquête systématique contre l’autrice ou auteur présumé sans remise en cause de la sincérité de la victime et, si les faits sont avérés, des sanctions disciplinaires contre la personne responsable de l’agression
- L’information systématique à la FSSSCT des évènements et inscrire dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) des mesures de prévention collectives
- L’intégration des indicateurs de suivi dans les rapports sociaux uniques (RSU) portant sur les violences sexistes et sexuelles au travail afin d’instaurer un suivi chiffré
En raison de leur condition sociale et de leur genre les femmes sont doublement exposées aux inégalités de santé
Le sujet souffre depuis plusieurs décennie d’invisibilisation. Celle-ci réside dans l’absence de données statistiques genrées et d’une vision indifférenciée des conditions de travail entre les femmes et les hommes, en s’appuyant sur un référentiel de « l’homme moyen » sous-estimant et méconnaissant les risques professionnels des femmes au travail.
Les revendications de la CGT-Culture :
- La mise en place d’un congé de santé hormonale de 24 jours a minima par an sans préavis, sans justificatif et sans jours de carence
- La suppression des jours de carence, le maintien à 100% des indemnités sur les affections longue durée (ALD) et le rétablissement des 10% sur les arrêts de maladie
- La réalisation d’un plan d’action de prévention des risques professionnels féminins et leur inscription comme risques différenciés dans les DUERP et le programme annuel de prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail (PAPRIPACT)
- L’accès à des protections périodiques sur tous les sites pour lutter contre la précarité menstruelle
- La mise à disposition de salles de pause adaptées à tous les besoins (repos, allaitement…)
- La mise en place d’espaces et de sanitaires supplémentaires non mixtes en tant que possible
- Des propositions d’aménagement de poste pour les femmes enceintes et allaitantes
De manière générale, le contexte sociétal patriarcal promeut l’annexion de l’espace public par les hommes ainsi que les idées masculinistes, mouvement réactionnaire, mysogine et anti-féministe. Le ministère de la Culture doit être exemplaire concernant la place octroyée aux femmes dans la société, dans l’histoire et dans la culture.
Les revendications de la CGT-Culture :
- L’application de la loi dans toutes les administrations et chez tous les opérateurs du ministère concernant la féminisation des noms de métiers
- L’installation de mesures de quotas de 50 % favorisant la création artistique des femmes, et notamment pour l’octroi des subventions accordées aux productions artistiques (cinéma, spectacle vivant, arts visuels, littérature, expositions, acquisitions, etc.)
- L’accroissement de la mise en valeur du matrimoine et sa conservation. Cela se concrétise par exemple dans le baptême de nouvelles rues ou de nouvelles structures culturelles ou sportives, mais aussi par davantage de grandes expositions dédiées aux femmes créatrices ; des accrochages d’œuvres de créatrices dans les collections permanentes ; diffuser et communiquer davantage sur les œuvres créées par les femmes, notamment dans les collections publiques ; acquérir, conserver, protéger et ouvrir aux publics les lieux de mémoire de l’histoire des femmes ; encourager la recherche visant à exhumer les productions féminines oubliées du passé et les diffuser…
- L’augmentation des subventions aux associations féministes du secteur culturel
- Contextualiser les œuvres (débats, médiations…) pour ne pas invisibiliser les violences ; avertissement sur les artistes agresseurs ou agresseuses
- Dénoncer la spoliation par les hommes des œuvres et découvertes faites par des femmes et rétablir leur réelle appartenance
Au regard de ces différents enjeux, la CGT-Culture se dote d’un Collectif Femme-Mixité. Tous les syndicats de l’union sont invités à y participer.
