Madame la Ministre,
Déclaré grande cause du quinquennat en 2017 par le Président de la République, l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes n’est toujours pas une réalité. En 2024, les femmes fonctionnaires qui travaillent dans un ministère sont payées chaque mois en moyenne 442 euros bruts de moins que les hommes, soit un écart de 10,6 %. L’écart varie de 6,3 % chez les agents de catégorie C à 11,5 % chez ceux de catégorie A (enseignants exclus), quand il est de 9,3 % chez les agents de catégorie B1.
Selon le rapport social unique (RSU) du ministère de la Culture de 2024, 73% des femmes se concentrent dans la filière administrative et principalement dans la catégorie C (83 %). Du côté de l’encadrement supérieur, 25 % des femmes occupent des postes de direction et de secrétariat général. Seulement 3 femmes occupent des emplois supérieurs et de direction (essentiellement des postes d’adjointes) laissés à la décision du gouvernement. En 2024 l’écart de rémunération mensuelle brute s’élève à – 314 euros en défaveur des femmes.
A l’appui de ces quelques données, vous avez décidé de mettre en échec les négociations ouvertes en avril 2025 et mettez un coup d’arrêt à toute volonté d’agir sur les inégalités entre les femmes et les hommes.
Plafond de verre, planchers collants, parois de verre sont autant de termes qui qualifient les carrières des femmes. Elles ont plus difficilement accès aux postes à responsabilité, elles sont plus nombreuses à être dans les bas salaires et à y rester, elles sont concentrées dans les métiers à prédominance féminine sous-valorisés et mal rémunérés.
A la culture comme ailleurs, elles subissent aussi les carrières en accordéon (en raison notamment des grossesses, naissances, congés parentaux, de proches aidant·es, problématiques de santé spécifiques) qui les pénalisent sur leur rémunération durant leur vie active mais également sur leur pension de retraite.
Votre responsabilité dans l’échec des négociations d’un accord collectif sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, inscrit durablement ces inégalités pour les trois années à venir.
Le dimanche 8 mars 2026 nous donne l’occasion d’évoquer les conditions de travail des femmes dans le cadre de modèles d’organisation atypique (astreintes, week-end, nuit…). A ce titre la CGT-Culture porte les revendications suivantes :
- Assurer un système de compensations financières et de repos dans le cadre du travail atypique
- Accorder une aide financière à la prise en charge des enfants ainsi qu’une prise en charge des transports (taxi)
La CGT-Culture appelle les personnels à une mobilisation par tout moyen y compris la grève lors de cette journée internationale de lutte pour les droits des femmes, le 8 mars 2026. Dans le cadre de cette journée, les agentes et les agents pourront participer à des actions en cessant le travail.
La CGT-Culture rappelle que ses revendications sont majoritaires dans la société et au sein du ministère. Elles doivent être satisfaites urgemment avec :
- La réouverture des négociations pour un accord collectif sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes qui inclut les établissements publics administratifs
- La reprise de la négociation sur la rémunération des personnels contractuels
- Des travaux en instances de dialogue social (CSA et F3SCT) sur les questions d’égalité et de lutte contre les VHSS
En termes de rémunérations et de carrières :
- Créer les conditions d’un égal accès aux métiers, aux responsabilités professionnelles et aux promotions, notamment en neutralisant réellement les effets des congés maternité, congés parentaux ou d’aidance et toutes absences liées à l’éducation des enfants ou à l’aide de proches
- Réparer les situations d’écarts de rémunération et de déroulement de carrière notamment en harmonisant les grilles de rémunérations par le haut afin d’éviter les inégalités de rémunérations entre établissements, dans l’ensemble du ministère de la Culture et de la Fonction publique
- Appliquer les mêmes niveaux de rémunération et de prime à travail égal
- Forfaitiser le complément indemnitaire annuel
- Proposer un plan de titularisation, notamment pour les temps partiels imposés sur des missions pérennes
- Mettre fin aux carrières empêchées des femmes notamment dans la filière administrative
- Améliorer les droits des proches aidant·es
- Assurer une rémunération digne au moment du départ à la retraite
En termes de santé des femmes :
- Prendre en compte la santé des femmes et construire une évaluation des risques différenciés pour les femmes et l’inscrire dans le DUERP
- Créer un congé de santé qui prenne en compte les problèmes liés aux règles douloureuses, à l’endométriose, à la ménopause (…) afin de faire cesser l’injustice salariale du jour de carence et la baisse du l’indemnité de congé maladie
- Mettre en œuvre de solutions adaptées telles que lieux de repos et mise à disposition de protections périodiques gratuites, biologiques et de qualité
- Mieux accompagner les situations de grossesse, de parentalité, d’aidance
En termes d’articulation vie privée/vie professionnelle :
- Équilibrer les temps de vie personnelle et professionnelle par des recrutements et l’évaluation
- des charges de travail
- Développer des services publics de qualité répondant aux besoins des agent·es public·ques notamment de la petite enfance (place en crèche…)
- Concevoir des cycles hebdomadaires de travail avec maintien de salaire et de congés afin d’améliorer l’articulation entre la vie professionnelle et la vie personnelle de toutes et tous
En termes de prévention contre les violences sexuelles, le harcèlement et les agissements sexistes :
- Rendre les dispositifs de recensements, d’enquêtes et de suivi de lutte contre les VHSS réellement efficaces pour en finir avec la loi du silence
- Développer le parc immobilier sur tout le territoire pour augmenter les logements d’urgences en cas de violences conjugales et / ou intrafamiliales
- Protéger les victimes de violences sexistes et sexuelles, y compris intrafamiliales, contre les sanctions disciplinaires ou le licenciement en as d’absences répétées ou d’horaires non respectés
- Sanctionner les agresseurs et éradiquer l’impunité dont certains bénéficient au ministère
Le présent courrier vaut préavis de grève pour la journée du 8 mars et pour tous les personnels du ministère de la culture, ainsi que pour les nuitées en amont et en aval de cette date. Nous vous rappelons que les parties concernées ont l’obligation de négocier pendant la durée de ce préavis de grève.
Nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de notre considération distinguée.
Paris le 25 février 2026
Emmanuelle PARENT et Yvan NAVARRO
Co-Secrétaires Généraux de la CGT-CULTURE
