Madame la Ministre, Mesdames et Messieurs,
Par la présente, les organisations syndicales représentatives de l’Inrap (SGPA CGT-Culture, SNAC-FSU, SUD Culture Solidaires, CNT-CCS), déposent un préavis de grève reconductible concernant l’ensemble des agent.es de l’Inrap à compter du lundi 7 septembre et jusqu’au mercredi 30 septembre 2026.
Les agents et leurs représentants nourrissent de très fortes inquiétudes concernant la politique de l’emploi à l’Inrap dans un contexte de restrictions budgétaires et d’annulations de crédits.
L’année 2025 révèle la dégradation de l’emploi pérenne en CDI et une baisse inédite de 44 agents en CDI dans la seule filière scientifique et technique.
Le nombre des départs en retraite s’élèvent à partir de 2026 à 60 par an, auquel il faut ajouter les décès (dont la moyenne annuelle est alarmante), les démissions et les licenciements (7 licenciements pour inaptitude ont été lancés depuis novembre 2025), soit un nombre de sorties estimées de près de 100 personnes par an.
Le résultat du plan de recrutement externe 2025 vient d’être publié et se solde par l’embauche de seulement 27 agents, volume totalement inadapté à la réalité des besoins de l’établissement.
En effet, 60% des agents de la filière scientifique et technique ont entre 50 et 69 ans. Le RSU 2025 montre que 19 % des agents ont entre 60 et 69 ans et s’apprêtent à partir en retraite ou sont licenciés pour inaptitude, faute d’une prévention adaptée et de reclassement. 24% des agents ont entre 55 et 59 ans et partiront en retraite demain. Au total, 43 % des agents seront partis d’ici à 10 ans.
Alors que les organisations syndicales alertent sur l’absence d’une planification raisonnée en matière de renouvellement des effectifs et des compétences depuis plus de 10 ans, l’Inrap se singularise par une absence totale de trajectoire pluriannuelle.
Nous n’attendons rien du modèle de Gpeec que la direction générale entend produire en recourant au service d’un cabinet de conseil privé (Eurogroup). Les premiers échanges montrent la vacuité du modèle proposé, totalement déconnecté des spécificités de nos missions et de nos métiers. La démarche mise en place consiste par ailleurs à court-circuiter toute forme de dialogue social constructif avec les personnels via leurs représentant.es, alors qu’ils et elles sont les seul.es à connaitre finement les missions, les métiers et à mesurer les besoins futurs. Le message est clair : pas besoin des archéologues pour penser les emplois en archéologie !
Pendant ce temps, on continue à recourir massivement aux CDD pour tous les postes de techniciens d’opération, qui restent la variable d’ajustement en cas de baisse d’activité. L’Inrap fait le choix de la précarité pour plusieurs centaines de collègues condamnés aux contrats courts, alors même que beaucoup d’entre eux travaillent avec l’établissement depuis plus de 10 ans. Nos collègues en CDD continuent à aller d’un contrat à l’autre, souvent courts, baladés au gré de chantiers qui peinent à avoir des effectifs complets. Les « réformes » des droits au chômage, adoptées ces dernières années rendent les périodes de carence plus difficiles, l’allocation de retour à l’emploi plus faible, sa durée plus courte, enfonçant un peu plus nos collègues dans des situations aggravées par l’inflation des prix.
Les CDD sont aussi ceux qui galèrent à faire respecter leurs droits (durées courtes de contrats, qui pour beaucoup se terminent le vendredi et non le dimanche, contrats qui prennent fin le 10 décembre pour ne pas couvrir les périodes de fermeture obligatoire, chantages à l’adresse pour obtenir un contrat, difficultés avec la mutuelle). Quelques agents bénéficient de contrats CDD longs de 2 ou 3 ans. D’abord utilisés pour la filière administrative, la pratique s’étend maintenant à la filière scientifique et technique. Ces CDD longs sont une façon de contourner l’absence de recrutements en CDI. Cela reste une situation précaire, qui par ailleurs exclut souvent les techniciens.
Pour couronner le tout, le plafond d’emploi de l’Inrap est désormais porté à 1993 ETPT en 2026 contre 2050 ETPT en 2019. Le ministère de la Culture pilote de fait une réduction de l’effectif global, dite « schéma d’emploi », terme purement technocratique qu’il faut traduire par la dégradation de l’effectif et des statuts.
Le défaut de planification du renouvellement générationnel, pourtant attendu depuis plusieurs années, obère la capacité opérationnelle de l’établissement. Ce sont aussi les compétences, y compris les plus basiques, qui atteignent des seuils critiques et justifient que des marchés de fouille échappent à l’établissement, le privant de nouvelles recettes.
La baisse naturelle de l’effectif s’articule avec un défaut de financement des missions de service public que nous dénonçons depuis trop longtemps. Les deux mécanismes conjugués voient se mettre en place toutes sortes de tentatives d’adaptation des missions aux moyens (pression mise sur les SRA pour prescrire moins, notamment moins de diagnostics). C’est pourtant bien les missions et la sauvegarde du patrimoine (au moins par l’étude) qui sont la raison d’exister de l’Institut.
Pour en finir avec cette fuite en avant qui met en danger nos métiers, nous demandons un véritable dispositif de gestion des situations d’urgence :
- Une gestion de l’emploi sur le long terme, réalisé en interne, dans le respect de nos missions de Service Public et dans le cadre d’une véritable concertation avec les représentants du personnel. L’Inrap a un besoin crucial de recrutements externes pour faire face aux enjeux de la décennie à venir !
- Un plan massif de déprécarisation sur le modèle de 2007. Rappelons que les négociations à l’époque avaient permis à 350 agents d’être régularisés dans leur emploi. Des plans de recrutement doivent permettre de résorber la précarité en donnant enfin un CDI et une carrière aux agents CDD qui assurent les missions opérationnelles de l’Inrap depuis plusieurs années.
- Le respect plein et entier des droits des agents en CDD et des stagiaires. Doivent cesser toutes les formes de précarité mises en place sans aucune concertation (CDD longs et apprentissage sans aucune réflexion sur les conséquences et les interférences avec l’emploi en CDD court).
Dans l’attente de la négociation faisant suite à ce préavis, nous vous prions de recevoir nos salutations syndicales vigilantes.
Paris le 31 août 2026, l’intersyndicale CGT/FSU/SUD/CNT
