Résolution Culture

4 septembre 2026 - par CGT-Culture

INTRODUCTION

Le capitalisme transforme le savoir et la culture en actifs dont la valeur s’étalonne sur les marchés internationaux. En promouvant le culte de la propriété privée, du profit et de l’individu, le capitalisme conduit l’humanité et la planète à leur perte. En recherche perpétuelle de nouvelles marges de profit, il s’active à la destruction de nos outils de protection sociale et d’organisation collective de la société. Les puissances de l’argent et les forces réactionnaires s’allient pour s’attaquer aux repères, aux langages et aux codes sociaux et culturels permettant le dialogue, l’échange et le vivre ensemble. Dans un contexte de crise politique et économique, l’institutionnalisation de l’extrême droite par la normalisation de ses valeurs et de son image participe à saper les fondations républicaines de notre démocratie. Le progrès social dans la société et dans le monde du travail est sans cesse remis en question. Les atteintes à la démocratie se multiplient. Elles ne doivent pas se banaliser. L’exercice de la démocratie dans la sphère politique et institutionnelle, dans les instances du ministère ainsi qu’au sein de la CGT est l’un des enjeux essentiels de notre travail syndical.

Pas de démocratie sans culture. La CGT-Culture revendique le rôle fondamental de la culture pour faire société. La culture est un vecteur de partage et de solidarité. Parce qu’elle émancipe et rassemble, la démocratie doit être au cœur de nos luttes et de nos revendications.

Dans cette perspective, la CGT-Culture revendique l’égal accès aux œuvres du patrimoine et de la création artistique et scientifique, à l’ensemble de la population pour tous les temps de la vie, quels que soient l’origine et le statut social. Contre les politiques de marchandisation de la culture, nous revendiquons l’égal accès aux pratiques de lecture et d’écriture, musicales, théâtrales et artistiques, et à l’éducation au profit de toutes les sphères sociales. Les théâtres, les musées, les monuments, les bibliothèques, les établissements d’enseignement supérieur et tous les équipements culturels préservent notre patrimoine et nourrissent l’innovation artistique. Ces lieux essentiels, qui sont autant de remparts face à l’obscurantisme, sont aujourd’hui menacés. Le désengagement de l’État, les restrictions budgétaires successives, les nombreuses fermetures et la précarisation des métiers de la culture affaiblissent la création et les politiques publiques culturelles. Abandonner la culture, c’est abandonner notre avenir commun.

La CGT-Culture agit pour faire vivre la démocratie sous toutes ses formes, politique, sociale et culturelle. Le droit de choisir, de critiquer, d’intervenir sur sa vie et son devenir sont des droits fondamentaux qui positionnent les travailleuses et travailleurs et les individus sur le chemin de l’émancipation. Dans la trajectoire de nos luttes, la démocratie culturelle devient un sujet central car elle réinterroge les raisons de l’échec des politiques publiques culturelles. La CGT-Culture entend prendre toute sa place dans la construction d’une véritable démocratie culturelle. La transformation sociale que nous appelons de nos vœux passe par son émergence et son développement.

Par démocratie culturelle, nous entendons ouvrir à chacune et chacun le droit de s’inscrire dans la participation et le développement de la culture et des cultures. Permettre à chacune et chacun d’être et de se développer dans son individualité la plus singulière et dans l’hospitalité qu’elle et il offre à autrui est aussi une tâche syndicale. En complément et en rupture avec la politique de démocratisation des grandes œuvres, la démocratie culturelle naît du développement et du partage des cultures. Celles qui s’élaborent au travail prennent toute leur part dans la transformation sociale. En faisant du travail un objet de culture dans le cadre de la lutte des classes, nous contribuons à son appropriation par les travailleuses et travailleurs. En reprenant possession de leur travail, elles et ils reprennent possession de leur capacité d’intervention sur leur vie et leur devenir.

Pour gagner cette autonomie, tous les pans de la culture doivent être mobilisés : le système éducatif, les services publics culturels, la recherche publique, les mouvements d’éducation populaire, les comités sociaux d’entreprise et les associations des personnels, les politiques publiques en direction de la création et des patrimoines, l’audiovisuel 100% public, la presse plurielle et indépendante. Forte des valeurs d’égalité, de solidarité, de fraternité, de justice, de liberté, d’humanisme, d’internationalisme et de féminisme, la CGT-Culture appelle l’ensemble de la population, en particulier les actrices et acteurs de la culture et tous les collègues à se joindre à ses luttes, ses débats, ses cortèges et ses actions pour faire échec au retour d’idées réactionnaires, nauséabondes et antidémocratiques, dans les espaces de décisions politiques, sociaux et culturels.

La démocratie sociale au cœur de la lutte des classes

Renforcer la démocratie au travail face à l’offensive capitaliste et réactionnaire

Sur la scène internationale, les puissances de l’argent et le pouvoir politique font naturellement cause commune. Sur les questions économiques, l’extrême droite est toujours du côté des tenants du capital, jamais des travailleuses et travailleurs. Violente, réactionnaire et antidémocratique, l’extrême droite française tient un discours social et culturel qui trompe les citoyennes et citoyens. Face à la tentation du repli et au retour des idées nauséabondes, la CGT-Culture inscrit son action dans une perspective politique consistant dans la promotion de valeurs qui associent au lieu d’exclure, qui rassemblent au lieu de diviser. La CGT combat les idées d’extrême droite qui portent en elles la division, le rejet de l’étranger, le racisme, l’antisémitisme et le sexisme.

En opposition à l’offensive capitaliste et réactionnaire, les mouvements pour la démocratie se multiplient et trouvent un écho planétaire. La jeunesse est au premier rang de ces luttes. Partout, les mêmes ressorts sont à l’œuvre : les manifestantes et manifestants font le lien entre la démocratie, les droits et libertés, la justice sociale et l’environnement. C’est ainsi qu’une nouvelle culture politique tisse de nouveaux liens internationaux. Nous devons prendre part aux luttes internationalistes et de solidarité en défense de toutes les travailleuses et tous les travailleurs des services publics de la culture. La lutte contre les modèles de marchandisation de la culture et contre le consumérisme culturel ainsi que la défense des droits culturels dépassent les frontières de nos pays.

La démocratie au travail, ou démocratie sociale, est ce qui donne à la travailleuse et au travailleur, et au collectif de travail leur capacité et leurs droits d’agir sur leur travail. C’est la toile de fond constitutive du champ revendicatif de la CGT. Pour se réapproprier leur travail et gagner de nouveaux droits et libertés, les travailleuses et travailleurs s’organisent dans un cadre démocratique et prennent des décisions collectives au nom de l’intérêt général dans la vie économique et sociale des entreprises, des administrations ou encore dans le fonctionnement des organismes de protection sociale.

La démocratie sociale fait l’objet d’une offensive politique et patronale virulente. Pour l’establishment et le capitalisme débridé, les corps intermédiaires sont des obstacles insupportables, car la démocratie au travail renforce les aspirations citoyennes à la démocratie dans toutes les sphères de la société, et en particulier dans le champ politique.

Au sein de la fonction publique, les prérogatives de toutes les instances représentatives des personnels ont été progressivement affaiblies. Au ministère de la Culture, les ministres ne daignent souvent même plus présider les séances, abandonnant l’administration à son inertie et à sa déloyauté à l’égard des élu·es.  L’administration se cache derrière son impuissance et fait écran avec le politique, empêchant tout arbitrage favorable aux personnels et il devient impossible de peser sur les politiques culturelles. Dans les établissements publics, les conseils d’administration sont phagocytés par les entreprises multinationales au lieu de s’ouvrir à la société civile. Les nominations à la tête des institutions culturelles ne sont que le reflet d’un entre soi des élites. À rebours, notre conception du service public culturel est qu’il doit répondre aux exigences de participation la plus large et poursuivre des fins d’intérêt général dans un cadre démocratique.

La CGT-Culture entend prendre toute sa place dans la définition des politiques culturelles car elle fonde ses actions et ses buts sur les revendications des personnels du ministère de la Culture. Si seul le travail humain crée de la valeur, il est aussi source de créativité humaine. En confisquant le pouvoir de penser, décider et agir sur l’organisation de leur travail, les personnels en sont dépossédés. La réappropriation du travail par les travailleuses et travailleurs est au cœur des revendications de la CGT. Vivant, matériel, industriel ou immatériel, le travail est un patrimoine de l’histoire, de la mémoire ouvrière, des luttes et des conquêtes sociales. Ce patrimoine doit être considéré, visibilisé, apprécié et reconnu à sa juste valeur.

L’action syndicale, qu’elle passe par la grève, les manifestations et toute autre forme de mobilisation, est culturelle et créative. Les convictions et l’engagement des camarades et des collègues forcent le respect. Elles et ils se battent autant pour la défense des intérêts des travailleuses et travailleurs que pour celle des politiques publiques culturelles. En créant des espaces de démocratie au travail et dans la rue, des revendications nouvelles se construisent avec les personnels. Avec eux, toute la CGT-Culture travaille à gagner de nouveaux droits et de nouvelles protections statutaires face aux mutations du travail induites par la dérégulation, l’ubérisation, la numérisation et l’intelligence artificielle.

Gagner de nouveaux droits et statuts protecteurs dans un monde du travail dérégulé et numérisé

Dans la perspective de l’émancipation des travailleuses et travailleurs et de la conquête de nouveaux droits et libertés, la CGT, en tant qu’organisation de classe et de masse, prend la mesure des mutations du capital et des nouvelles formes de précarité qu’il institue aux fins de maximisation des profits. En s’appliquant à détruire les valeurs, les schémas et les outils collectifs, le capitalisme piétine le droit et démantèle le code du travail. Les travailleuses et travailleurs subissent l’aliénation du capital et ses injonctions contradictoires : sous-emploi / sur-travail, surqualification / dévalorisation, temps travaillé / temps libéré, vie professionnelle / vie privée, droits acquis-droits nouveaux / dérégulation. Le sens et la qualité du travail doivent prendre le dessus sur les gains de productivité et les méthodes d’encadrement brutales, déshumanisantes et autant contre-productives que préjudiciables aux conditions de travail.

Avec l’ubérisation, le patronat a franchi une nouvelle étape dans la dérégulation du travail. Le morcellement du travail et les horaires discontinus se développent au détriment de la santé des travailleuses et travailleurs, accentuant la précarité sanitaire en plus de la précarité statutaire et salariale. Les autoentrepreneuses et autoentrepreneurs sont les nouveaux prolétaires de l’économie de plateforme : sans statut de salarié·e, sans contrat de travail, sans assurance-chômage, sans congés payés, sans congés maladie, sans salaire minimum, et, surtout sans syndicat. Au sein du ministère de la Culture cohabitent des personnels qui bénéficient d’une couverture sociale et de droits acquis par les luttes, et celles et ceux qui se situent en marge de ces droits : agentes et agents en CDD, vrai-faux stagiaires, apprenti·es, auto-entrepreneuses et autoentrepreneurs, travailleuses et travailleurs des entreprises de la sous-traitance.

Lancés dans une croisade anti-statutaire, les gouvernements libéraux dépècent et privatisent le service public. La loi 2019 relative à la transformation de la Fonction publique a fait imploser le Statut général. Le principe du contrat de travail de gré à gré devient la norme sociale de référence pour le salariat, dans le public comme dans le privé. A l’inverse, le Statut général s’inscrit dans un projet de société moderne fondé sur des valeurs universelles et la défense de l’intérêt général, et protège mieux les travailleuses et travailleurs. Il garantit l’indépendance des fonctionnaires face aux pressions politiques et hiérarchiques, l’égalité de traitement des usagères et usagers et la continuité de l’action publique. La CGT-Culture réaffirme le bien fondé du Statut général des fonctionnaires qu’il convient de défendre et de préserver de toutes les attaques dont il fait l’objet.

Le capitalisme algorithmique noyaute et colonise les outils technologiques et numériques, accentuant les risques de pensée unique, de contrôle et de limitation de la démocratie. Si la transformation numérique n’est envisagée que sous l’angle technologique, les transformations anthropologiques du travail échapperont au contrôle des travailleuses et travailleurs. L’intelligence artificielle a envahi tous les aspects de nos existences. Les écrans, les applications, la réalité virtuelle et les robots ont modifié les rapports sociaux, les métiers, et le travail – ses méthodes, son organisation, ses processus et coopérations – mais également la relation au travail et les relations dans le travail. Pour l’employeuse ou l’employeur, le numérique représente une opportunité supplémentaire de contrôle hiérarchique, accentuant la verticalité et l’autoritarisme, dont résulte la dépossession, la perte de sens et de valeurs.

Si le numérique et en particulier l’intelligence artificielle bouleversent le monde du travail et les emplois, ils recèlent aussi des potentialités de désaliénation. Les travailleuses et travailleurs doivent être vigilants tout en se saisissant de cette période pour améliorer la qualité du travail et réduire son poids sur nos existences. Leur vigilance doit également s’exercer sur l’impact environnemental de ces technologies. À l’horizon de ces préoccupations essentielles, il s’agit de retourner la transformation numérique à notre avantage afin de repenser le travail, sa place dans la société, son meilleur partage et libérer du temps pour s’émanciper, établir de nouvelles solidarités au profit du bien-être au lieu de subir de nouvelles formes de domination.

En rupture avec les pratiques de dérégulation, de précarisation du travail et du dogme de la technologie inévitable, la CGT-Culture revendique la reconnaissance des métiers, le caractère irremplaçable de l’humain, des statuts protecteurs et des droits nouveaux pour l’ensemble des travailleur·euses.

Résolutions pour rendre aux travailleuses et travailleurs le pouvoir sur leur travail

  • La CGT-Culture défend les intérêts moraux et matériels des travailleuses et travailleurs du ministère de la Culture
  • La CGT-culture combat toutes les formes d’exploitation, de précarité et de dégradation de la santé des travailleuses et travailleurs
  • La CGT-Culture revendique l’augmentation et l’égalité salariale pour rattraper les pertes cumulées depuis des décennies
  • La CGT-Culture revendique la modernité du Statut général et met tout en œuvre pour le renforcer en tant que pilier politique et social de la République et se bat pour l’abrogation de la Loi de 2019 de Transformation de la fonction publique
  • La CGT-Culture revendique la création d’emplois publics de fonctionnaires et d’emplois pérennes (CDI), l’ouverture de concours au moins tous les deux ans ainsi qu’un plan de titularisation et de résorption de la précarité
  • La CGT-Culture réaffirme que notre système de Sécurité sociale basée sur le salaire socialisé constitue un patrimoine collectif
  • La CGT-Culture revendique la protection pleine et entière de la santé physique et mentale des personnels par l’abrogation des mesures régressives, le renforcement des moyens de la médecine de prévention et l’acquisition de nouveaux droits (ex. : congé de santé hormonale)
  • La CGT-Culture revendique l’augmentation des crédits d’action sociale pour le logement, la restauration, les places en crèches, les loisirs et la culture ; la prise en charge à 100% des abonnements de transport en commun et le renforcement des moyens d’action des associations du personnel
  • La CGT-Culture construit l’organisation des salarié·es au plus près de leurs réalités et de leurs besoins sans renoncer au projet de transformation sociale
  • La CGT-Culture revendique que chaque travailleuse et chaque travailleur est une actrice et un acteur de la démocratie sociale. La solidarité, la fraternité, la participation, la prise de parole et de responsabilité, la protestation et la revendication notamment de droits nouveaux, la démocratisation du travail, la lutte sous toutes ses formes, notamment par la grève et la négociation, sont autant de leviers du développement de la démocratie sociale
  • La CGT-Culture participe à la construction d’alternatives sociales et démocratiques et d’un modèle de développement durable
  • La CGT-Culture organise des campagnes de syndicalisation en posant les enjeux de démocratie sociale à travers le rôle et la place des actrices et acteurs du mouvement social
  • La CGT-Culture organise le débat sur toutes les formes d’organisation collective, y compris de la CGT
  • La CGT-Culture rappelle la dimension culturelle du travail comme levier de transformation sociale et d’émancipation des travailleuses et travailleurs. Elle revendique une réelle prise en compte du patrimoine du travail dans les politiques culturelles notamment, en le rendant visible et en participant à l’écriture de la mémoire ouvrière au ministère
  • La CGT-Culture s’engage à poursuivre la réflexion sur le travail et ses évolutions, statutaires et technologiques, dans le cadre de journées d’études pour favoriser la participation des syndiqué·es à l’élaboration de nouveaux droits permettant aux travailleuses et travailleurs de se réapproprier leur travail
  • Le collectif des autoentrepreneuses et autoentrepreneurs créé à titre expérimental au sein de la CGT-Culture élabore des revendications liées à leurs conditions de travail et à la réinternalisation de leurs missions
  • La CGT-Culture s’engage à renégocier et faire appliquer la charte sociale des travailleuses et travailleurs des entreprises extérieures et revendique la prise en compte de l’exigence de la responsabilité sociale et environnementale de ces entreprises
  • La CGT-Culture met en place des outils de luttes et organise des actions contre l’extrême droitisation des lieux de travail, des espaces politiques, médiatiques et culturels focalisés sur des thématiques identitaires et sécuritaires

Le service public culture en urgence absolue de sens

Les principes dévoyés d’universalité, de gratuité et d’inclusivité

Engagés dans une concurrence internationale dans laquelle les publics sont réduits au rang de simples consommatrices et consommateurs culturels, les établissements publics sous tutelle du ministère de la Culture élaborent des stratégies contraires à l’intérêt général au préjudice des publics, des personnels, des étudiantes et étudiants, des collections, du bâti, des jardins et des projets scientifiques et culturels. Cette course aux ressources propres, reposant en partie sur des hausses tarifaires régulières, la poursuite de records de fréquentation, la privatisation d’espaces, le développement marketing, de marques et du mécénat, est sans fin.

En 2020, ce modèle économique calqué sur l’entreprise s’est effondré avec les fermetures de sites culturels pendant la crise sanitaire. L’État a été contraint de verser des centaines de millions d’euros pour maintenir à flots ses établissements, jouant son rôle de financeur du service public sans réinterroger son mode d’organisation. En dehors de circonstances exceptionnelles, le désengagement de l’État dans les services publics est une tendance lourde. Les cambriolages du musée Adrien Dubouché dans la nuit du 3 à 4 septembre 2025, ainsi que celui du musée du Louvre le 19 octobre 2025, ont mis en évidence les faiblesses des investissements publics sur la sûreté et la sécurité des établissements patrimoniaux nationaux.

Le désengagement de l’État s’accompagne de l’augmentation des dépenses fiscales et de l’exonération de cotisations fiscales qui permettent aux plus riches de se soustraire avec toujours plus d’efficacité à leurs contributions. Dans le secteur de la culture, la loi Aillagon de 2003 comme les suivantes ont fortement avantagé le mécénat d’entreprise, dont les dépenses fiscales annuelles atteignent près d’un milliard d’euros. Le système français est tellement avantageux que certaines entreprises en font leur mode d’action principal en termes de politique RSE (responsabilité sociale des entreprises).

Les tarifs des droits d’entrée, socialement discriminants, privilégient les visiteuses et visiteurs à haut potentiel de dépense. La tarification différenciée mise en place en janvier 2026 (Louvre, Versailles, Chambord et Sainte-Chapelle de Paris) accentue encore cette discrimination pour les résidentes et résidents extra européens au mépris des valeurs d’universalisme qui ont présidé à l’ouverture au public des collections nationales. Les mesures de gratuité et de réductions tarifaires sont remises en cause. Ces décisions sont imposées brutalement et sans concertation. Dans le même mouvement, la gestion des flux fait primer la quantité de visiteuses et visiteurs sur la qualité de visite, l’uniformité sur la diversité. Les conditions dans lesquelles notre pays accueille les visiteuses et visiteurs venus du monde entier sont indignes, d’autant qu’il n’y a pas un public mais des publics, pluriels, singuliers dans leurs attentes et leurs besoins.

Accueillir, s’ouvrir aux publics dans toutes leurs diversités et difficultés, offrir la culture en partage, entretenir un dialogue citoyen avec les usagères et usagers doivent être au cœur du service public culturel. Ce qui sera fait en direction des personnes en situation de handicap ou des publics dit empêchés (exclu·es, socialement vulnérables ou dans l’autocensure) bénéficiera à l’ensemble de la population. Porter cette ambition pour le service public culturel exige des coopérations étroites avec le réseau associatif : solidarité, handicap, relais du champ social, actrices et acteurs de l’éducation populaire, ONG, usagères et usagers, et monde du travail. L’intégration de toutes et tous est une manière d’esquisser une démocratie culturelle. 

Le ministère de la Culture en crise

L’idée de politiques culturelles plus horizontales s’oppose aux schémas culturels descendants, rentables et court-termistes mis en œuvre par le ministère de la Culture avec la complicité intéressée des mécènes. Gangrené par le dogme gestionnaire et managérial qui imprègne la technostructure administrative, le ministère doit se tourner vers une nouvelle éthique publique en matière culturelle et élaborer un projet participatif en rupture avec la conception marchande de la culture. Dans cette perspective, au lieu de se focaliser sur la communication politique, le tout reporting et le tout appel à projet, le ministère devrait réunir toutes les parties prenantes pour concevoir des politiques culturelles sur le temps long et jouer pleinement son rôle d’animation et de tête de réseaux sur tous les territoires.

Le rôle de l’État est bien de garantir l’effectivité des principes qui orientent les politiques publiques culturelles : définition de règles communes, mise en place de moyens et répartition équitable des ressources entre territoires notamment. Les coupes budgétaires imposées aux collectivités territoriales ont réduit l’activité avec ses conséquences catastrophiques sur l’emploi. Un nouveau projet de loi de décentralisation pourrait menacer le périmètre d’intervention du ministère de la Culture par le transfert de services à compétence nationale (SCN) ou encore de monuments historiques rentables comme l’Abbaye du Mont Saint-Michel dont la perte déséquilibrerait la soutenabilité financière du Centre des monuments nationaux. Les discussions autour de ce projet ont mis en lumière la volatilité du financement de la culture par les collectivités territoriales en raison du caractère facultatif de leur compétence dans ce domaine. La CGT-Culture exige, notamment, l’abrogation de la loi Raffarin (Acte II de la décentralisation), de la REATE (réforme des administrations territoriales de l’État) et de la MAPTAM (Modernisation de l’Action Publique Territoriale et d’Affirmation des Métropoles). La CGT-Culture estime nécessaire que soit engagée une large concertation citoyenne intégrant un bilan contradictoire des précédentes phases de décentralisation.

Menaçant l’égalité de traitement des citoyennes et citoyens sur l’ensemble du territoire, la préfectoralisation de la culture est à l’ordre du jour. La réforme l’Organisation de l’Administration Centrale (OAC) de 2021, au-delà des conséquences négatives qu’elle a engendrées dans les collectifs de travail de l’administration centrale, dans les coopérations au sein de ses services et avec les autres entités du ministère, l’a isolée des services déconcentrés qui ont récupéré la responsabilité de dispositifs nationaux sans les moyens correspondants. L’absence de Directive Nationale d’Orientation à destination des directions régionales des affaires culturelles (DRAC) révèle l’absence de vision du ministère pour conduire les politiques culturelles et protéger ses services des appétits des Préfectures. La décision de l’État de confier en 2020[1] au préfet les services de la direction des affaires culturelles (DAC) Guyane noie ses missions au sein d’une direction des populations qui regroupe les affaires sociales, jeunesse et sport, l’inspection du travail… Absorbées et noyées avec les autres directions du périmètre Administration Territoriale de l’État et du ministère de l’Intérieur, les DAC ont perdu leur autonomie de fonctionnement et leurs marges de manœuvres sont toujours plus contraintes. Six ans après sa mise en œuvre et trois ans après l’inter-inspections d’évaluation, tout le monde s’accorde à dire que cette réforme est catastrophique pour les personnels et le service public culturel.

Le développement des appels à projets[2] qui concentrent la politique ministérielle alimente la communication du ministère de la Culture. En outre, elle met en concurrence les porteurs de projets notamment associatifs qui ne bénéficient plus d’aides au fonctionnement ou à la structuration. Par ailleurs, les DRAC n’étant pas associées à l’élaboration des cahiers des charges, ces dispositifs sont identiques pour tous les territoires. Les DRAC se retrouvent face à une mécanisation de leur travail, alourdie de pénibles charges de reporting.

Face aux contingences locales ou aux pressions économiques, l’État devrait être garant de l’intérêt général. Les associations, les artistes, et tous les acteurs publics attendent de l’État qu’il remplisse ce rôle avec neutralité et impartialité. Le partenariat entre les collectivités, avec les associations, l’État, ses services déconcentrés et ses opérateurs a permis un maillage culturel du territoire incarné par de nombreux équipements et une vie culturelle animée. Son effet de levier dans le financement direct et indirect de la culture est déterminant pour la survie et le développement des dispositifs d’intervention publics.

La démocratie culturelle, une opportunité collective pour le service public culturel

Parler de démocratie culturelle, c’est affirmer que le principe de culture constitue le socle d’une société égalitaire, fraternelle et ouverte à l’expression des cultures dans leur diversité. Se battre pour une démocratie culturelle, c’est se battre pour une société favorisant la contribution la plus large à la vie culturelle de la cité. Elle implique une gouvernance et des prises de décisions participatives de proximité.

Si le ministère a intégré depuis la réforme de l’OAC en 2021 la démocratie culturelle dans l’intitulé de l’ex-DGTTDC[3] et de l’actuelle DGDCER[4], sa mission qui consiste « à garantir la participation et l’accès de tous les habitants à la vie culturelle, dans le respect des droits culturels » tourne au concept creux quand il abandonne toute ambition politique d’intérêt général face aux coupes budgétaires et à la marchandisation croissante du secteur culturel. Les trop faibles crédits dédiés à la Transmission des savoirs et démocratisation de la culture ne permettent pas d’amplifier le soutien aux projets expérimentant la démocratie culturelle.

Les usages de la culture doivent faire l’objet de discussions collectives destinées à prendre en compte les droits de toutes et tous et trouver les consensus au plein développement de chacune et chacun. Selon la déclaration de Fribourg de 2007, les droits culturels visent à reconnaître à chacune et chacun sa liberté de vivre son identité culturelle définie comme « l’ensemble des références culturelles par lesquelles une personne, seule ou en commun, se définit, se constitue, communique et entend être reconnue dans sa dignité ». Mais l’éclosion de ces droits rencontre beaucoup d’incompréhension et de résistance. Alors qu’ils ont été consacrés dans les lois NOTRe[5] et LCAP[6], ils n’en constituent pas pour autant des droits opposables.

Les communs, si l’on entend par là les ressources matérielles ou immatérielles partagées, reposent sur une logique d’inclusivité. L’émergence de communs culturels naîtra d’un faisceau de droits nouveaux conciliant droits d’auteur, droits sociaux et droits culturels. Cette approche dépasse la position française d’exception culturelle qui considère que « la culture n’est pas une marchandise comme les autres » mais reste une marchandise. Le service public culturel, en particulier le ministère de la Culture, est un rouage essentiel dans cette transformation sociale et culturelle. Il doit initier un réexamen des objectifs et des trajectoires des politiques culturelles en impliquant les territoires et leur population, mobiliser et accompagner les différentes actrices et différents acteurs, respecter la spécificité des territoires, et récréer de l’échange et de la confiance entre les entités du ministère que sont le politique, l’administration centrale, les DRAC et les opérateurs.

Aller vers une démocratie culturelle implique d’offrir une place centrale à la création et aux artistes. Cela suppose d’accepter d’être bousculé·es par une dynamique artistique ouvrant à un imaginaire nouveau et subversif interrogeant le sens. Les industries culturelles et les grandes plateformes régissent les contenus et la diffusion au risque de l’uniformisation des contenus culturels, précarisant davantage les créatrices et créateurs et par voie de conséquence le statut des artistes. La liberté de création doit être protégée au même titre que la liberté de programmation. La puissance publique se doit d’accompagner les artistes et les créatrices et créateurs, non pas pour labelliser et contrôler les œuvres mais pour leur donner les moyens d’une expression libre et créative.

Résolutions pour construire une démocratie culturelle

  • La CGT-Culture affirme que la culture est un bien commun qui doit être préservé pour être partagé, que toute citoyenne et tout citoyen doit pouvoir s’approprier quels que soient son origine sociale, sa classe, son lieu de vie et son capital social, culturel et économique
  • La CGT-Culture revendique l’universalité des biens de la Nation et la gratuité d’accès à nos musées, nos monuments et nos bibliothèques nationales par l’abandon des cadeaux fiscaux et un financement 100% public ; entre temps, elle revendique que la politique tarifaire et les dispositifs de gratuité soient débattus avec les organisations syndicales au niveau national
  • La CGT-Culture revendique des politiques publiques de la culture horizontales, inscrites dans le temps long et respectueuses de la démocratie sociale et culturelle impliquant les territoires, leur population et le tissu associatif
  • La CGT-Culture appelle à une loi d’orientation et de programmation pour la Culture basée sur une large concertation avec les citoyennes et citoyens, professionnel·les du spectacle, associations, institutions et collectivités
  • La CGT-Culture revendique une progression significative du budget de la culture et le retour à un financement par la puissance publique non déguisé par les dépenses fiscales
  • La CGT-Culture revendique le renouvellement de la gouvernance des établissements culturels par le renforcement des pouvoirs de la représentation syndicale et l’entrée de la société civile dans les conseils d’administration
  • La CGT-Culture revendique des coopérations étroites entre les services centraux et déconcentrés, les opérateurs du ministère de la Culture et les collectivités territoriales au service de toutes les usagères et tous les usagers
  • La CGT-Culture rappelle son attachement au partage de la compétence Culture entre l’État et les Collectivités dont les financements doivent être garantis
  • La CGT-Culture exige le retour de la DAC Guyane au sein du réseau des services déconcentrés du ministère de la Culture et l’élaboration d’une nouvelle Directive Nationale d’Orientation
  • La CGT-Culture revendique le soutien à la création artistique et la garantie des libertés de création et de programmation
  • La CGT-Culture revendique le développement de l’expertise professionnelle assise sur un parcours de formation « développement culturel / démocratie culturelle et participative » pour accompagner les personnels dans l’exercice de leurs missions
  • La CGT-Culture revendique pour les publics spécifiques, empêchés et en situation de handicap, que la chaîne de déplacement, la garantie de la mobilité et la mise à disposition des outils de médiation inclusive soit bien réelle
  • La CGT-Culture revendique un service public culturel préservant l’intégrité des œuvres et des collections, le droit du travail, la sécurité des personnes, des biens (bâti et collections) et de l’environnement
  • La CGT-Culture réaffirme son attachement au service public de l’enseignement supérieur de l’architecture et des arts du ministère de la Culture
  • La CGT-Culture revendique un changement radical de politique ministérielle avec la fin des actes de gestion au niveau des établissements. Ceux-ci sont responsables d’une inégalité croissante entre les personnels et les missions de service public

[1] Décret du 7 février 2020 relatif à l’organisation et aux missions des Secrétariats Généraux Communs Départementaux
[2] Pass culture, Micro-folies, Démos, Été culturel, C’est mon patrimoine, Fonds d’encouragement aux initiatives artistiques et culturelles des amateurs, Fonds d’innovation territoriale…
[3] Délégation générale à la transmission, aux territoires et à la démocratie culturelle
[4] Direction générale de la démocratie culturelle, des enseignements et de la recherche
[5] Loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République
[6] Loi du 7 juillet 2016 relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine

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