Une journée de mobilisation historique contre le transfert de la gestion de l’abbaye du Mont-Saint-Michel
À Paris comme en région, des centaines d’agents du Centre des Monuments Nationaux se sont mobilisés ce jeudi 18 juin, pour défendre le patrimoine, leurs missions, leurs métiers, le service public culturel et la pérennité de leur établissement. Leur action a entraîné la fermeture de monuments nationaux, l’installation de banderoles, d’affiches, la diffusion de la pétition qui dépasse aujourd’hui les 3700 signatures, démontrant l’adhésion du grand public à cette lutte !
Au siège du CMN, une centaine d’agents s’est rassemblée pour protester contre l’annonce du Premier ministre faite la veille du transfert de la gestion de l’abbaye du Mont-Saint-Michel à l’Etablissement public du Mont-Saint-Michel (EPMSM). Ils ont été soutenus par des agents du ministère de la Culture ainsi que par la députée de Paris, Sarah Legrain, également membre de la commission culture de l’Assemblée nationale.
Rien n’est joué ! Nous pouvons encore faire pression pour changer la donne !
La lutte ne fait que commencer : ce qu’une décision d’un petit cénacle peut faire, la mobilisation peut le défaire !
Une ministre de la Culture complice dans la trahison
Le jeudi 18 juin, l’intersyndicale a été reçue par Luc Allaire, directeur de cabinet de la ministre de la Culture.
Cette réunion n’a malheureusement fait que confirmer ce que les personnels redoutaient : une décision majeure pour l’avenir du patrimoine national a été prise pour répondre à une attente locale et purement clientéliste.
Elle a également confirmé que le ministère de la Culture est désormais chargé de mettre en œuvre une décision déjà arrêtée au niveau gouvernemental. Aucune réponse rassurante n’a été apportée aux inquiétudes des personnels et aucune garantie n’a été donnée sur l’avenir du Centre des monuments nationaux.
Le ministère de la Culture lui-même se trouve désormais confronté à de nombreuses incertitudes. Si le Centre des monuments nationaux devait conserver la maîtrise d’ouvrage des travaux de restauration de l’abbaye, aucune garantie budgétaire n’est apportée au-delà de 2027.
Le principe d’un reversement des recettes nettes de l’abbaye au CMN a été évoqué. Mais ces recettes nettes correspondent aux recettes diminuées des dépenses et charges de gestion du futur dispositif. Perdre plus de 20 millions d’euros de recettes aura inévitablement des conséquences dévastatrices pour le CMN.
Les personnels apprennent également que le dialogue social interne aux établissements n’interviendra qu’en septembre, dans le cadre de la préparation des modifications statutaires du CMN et de l’EPMSM et de l’organisation des transferts de compétences et d’activités. Là encore, le Gouvernement marque son mépris des agents publics. L’annonce d’un droit d’option pour les agents titulaires ou contractuels ne fait que confirmer l’incertitude qui pèse aujourd’hui sur leur avenir professionnel.
Pour l’intersyndicale, cette décision constitue une erreur historique. Elle rompt avec une conception nationale du patrimoine fondée sur la solidarité entre les monuments et ouvre un précédent dont les conséquences dépasseront largement le seul Mont-Saint-Michel.
Derrière le prétexte d’une « simplification administrative » se dessine une réalité beaucoup plus simple : les recettes du Mont-Saint-Michel pour des intérêts locaux, et les dépenses de conservation et de restauration pour l’Etat.
L’abbaye du Mont-Saint-Michel appartient à la Nation toute entière. Sa gestion méritait mieux qu’une décision clientéliste.
Les Français retiendront que le gouvernement Lecornu aura détruit une certaine idée de ce que la République doit à son histoire.
Paris, le 19 juin 2026

