CAP 5 WONDERMILES : entre une « avancée majeure » annoncée et la réalité des déplacements professionnels
Le 5 décembre 2025, le CMN communiquait sur la mise en place du marché voyagiste « Cap 5 Wondermiles » à grands renforts d’arguments. Ainsi, il promettait le « zéro avance » et la garantie de n’avancer aucun frais d’hébergement. L’expérience, après 4 mois de mise en œuvre, montre que les agents en sont réduits aujourd’hui à payer de leur poche une partie de leurs frais de déplacements professionnels !
Une plateforme inadaptée aux besoins des agents et une offre réduite comme peau de chagrin
Avant, le forfait de 140 euros comprenait la nuitée, la taxe de séjour et le petit déjeuner. Aujourd’hui, l’onglet « conforme » sur le site Cap 5 Wondermiles, n’inclut ni le petit déjeuner ni les conditions d’annulation. Il faut cocher ces conditions au moment de la réservation pour qu’elles soient prises en compte. Sur une simulation faite le 5 mai dernier, pour une réservation du 9 au 12 juin 2026, soit plus d’un mois avant le déplacement prévu, sur les 1540 hôtels référencés pour Paris, seuls 32 sont considérés comme « conformes ». Sur ces 32 établissements, seulement 13 sont remboursables et annulables et encore sous certaines conditions ! Si l’on ajoute l’option du petit déjeuner, il ne reste plus que 3 hôtels disponibles (soit moins de 0,2 %), tous situés dans un département limitrophe de Paris. Où sont passés les quelques « 1,4 millions d’hébergements, situés à proximité immédiate de nos monuments » ?
À cela s’ajoute une situation particulièrement ubuesque liée à l’envolée des prix provoquée par les plateformes de réservation comme Booking (intermédiaire). Dans certains cas, en réservant directement auprès de l’hôtelier, il est possible de respecter le forfait avec la nuitée et le petit déjeuner inclus. Mais, pour les mêmes dates et le même établissement, en passant par Wondermiles, l’hôtel est proposé, à un tarif plus élevé, sans petit déjeuner, le petit déjeuner reste alors à la charge de l’agent.
Autre difficulté majeure : dès lors que le montant dépasse le plafond du forfait à 140 € pour une nuitée, 90 € dans certains cas, il devient impossible de réserver sur la plateforme. Auparavant, les agents pouvaient néanmoins effectuer leur réservation et ajuster ensuite leurs frais dans le cadre du remboursement forfaitaire. Cette souplesse a aujourd’hui disparu.
Des attentes déçues… Des agents qui ne rentrent plus dans leurs frais
Présenté comme « une avancée majeure », « facilitant les déplacements au quotidien » et « réduisant les avances de frais », ce marché devait être une aubaine pour tous, agents, gestionnaires et autres intervenants. Or, dans les faits, les agents aujourd’hui peuvent être amenés à payer les taxes de séjour, se retrouvant parfois en difficulté avec l’hôtelier, et avec de sérieuses incertitudes quant à leur remboursement ! Même constat pour le petit déjeuner, de plus en plus à charge de l’agent. A moins de ne pas déjeuner bien entendu…
Un repoussoir pour les déplacements professionnels
Autre argument avancé : « les réservations hors plateforme restent possibles en tant que de besoin si pas d’offre disponible » : dans les faits il n’est pas possible de réserver hors plateforme, l’argument avancé étant que des hôtels sont disponibles, et que la dérogation n’est pas autorisée. Certains agents se sont vu proposer de réserver plusieurs nuitées dans différents hôtels pour un même séjour ! Il faut donc se résigner à prendre un hôtel dans un périmètre éloigné et/ou à la propreté parfois douteuse pour rentrer dans la politique du marché voyagiste, quitte à faire fuir les agents et leur faire sérieusement reconsidérer l’opportunité du voyage !
Pour les personnes RQTH, le forfait de 150 euros n’est pour l’heure pas un paramètre pris en compte sur la plateforme, malgré sa mise en œuvre en janvier 2026.
Certains collègues se sont retrouvés en difficulté récemment pour une mission qui s’est réduite de deux nuitées à une seule. Il est impossible sur la plateforme d’annuler une partie de la réservation. C’est toutes les nuitées ou rien. A quelques jours de la mission, ce sont les agents qui se retrouvent en difficulté pour trouver un nouvel hébergement dans une offre très réduite.
Se rajoute à cela un temps de réservation des billets de train chronométré sur la plateforme. Passé un certain délai la réservation n’est pas prise en compte et les billets ne sont pas réservés. Il faut également s’assurer de la présence du gestionnaire pour validation. Exit donc les réservations les week-ends puisque le gestionnaire n’a ensuite dans certains cas, que quelques heures voire quelques minutes pour valider !
Il y a urgence à assouplir ce système et à redonner de l’autonomie aux agents
En décembre dernier, lors de la présentation du marché aux organisations syndicales, nous avions déjà émis des craintes et de sérieux doutes quant à la flexibilité de cette plateforme et aux frais qui seraient désormais à charge des agents. Si nous pouvions nous féliciter de la prise en charge directe des frais d’hôtels, il y a un sérieux revers à tout ça : le remboursement forfaitaire permettait aux agents de réellement rentrer dans leurs frais en lissant l’ensemble des dépenses liées aux missions (petit déjeuner, repas, transport, hôtel…). Ce qui était pris pour une mesure d’économie par l’administration n’était qu’une adaptation pragmatique à la réalité bien concrète des déplacements professionnels. Ce système offrait également davantage de souplesse, notamment pour organiser des déplacements à plusieurs ou réserver en fonction des contraintes réelles du terrain.
Enfin, les remboursements, censés être plus rapide, puisque moins importants, ne le sont pas. Certains agents ont des frais en attente de remboursement depuis plusieurs mois qui ne sont toujours pas réglés, des avances de frais arrivent régulièrement après la mission (ce ne sont plus des « avances » dans ce cas) … autant d’éléments qui peuvent mettre les agents en difficulté financière.
C’est pourquoi la CGT CMN demande que s’ouvrent de nouvelles discussions sur ce marché et qu’un point d’étape soit à l’ordre du jour du prochain CSA. Nous demandons également que soit appliquée au CMN la même règle que celle mise en œuvre au ministère : la possibilité pour l’agent d’utiliser cette plateforme ou de recourir au remboursement au forfait.
Paris, le 3 juillet 2026
https://cgt-culture.fr/wp-content/uploads/2026/07/Communique-Wondermiles.pdf

